Repenser la migration haïtienne : entre l’économie, le social et la géopolitique !

L’éducation, l’éducation, l’éducation et enfin l’éducation. Voilà un mot qui nous poursuit sans cesse dans ce pays où le bât blesse constamment, autant que nous continuerons de refuser d’admettre les deux logiques suivantes qui se complètent : 1 — « On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas » ; 2— « L’exemple doit toujours venir d’en haut ».

Si personne ne détient désormais le monopole de la connaissance dans ce contexte de la mondialisation, l’éducation de base demeure cet élément indispensable qui doit nous aider à modeler l’enfant qui doit grandir pour devenir un citoyen du monde, un professionnel responsable et un acteur intelligent dans le système local, régional et dans un contexte mondial très interactif et attractif.

Le désarroi et le désespoir des milliers de jeunes haïtiens de nos jours, tournés vers de longs voyages pour une vie meilleure, sont bel et bien le résultat de l’échec du système éducatif, en particulier de la formation professionnelle et de l’absence de politique d’accompagnement et de promotion de l’entrepreneuriat au profit des jeunes.

Développer une culture économique responsable chez les jeunes depuis l’école !

Personne ne m’a appris ce qu’est l’argent. Personne ne m’a appris à développer une culture responsable dans la gestion de mon porte-monnaie. Je continue de dépenser sans pouvoir faire la démarcation entre les besoins, l’utilité, les priorités ou encore les urgences. Très tard grâce à Kesner Pharel, j’ai appris et compris le sens de la planification économique et financière, dont je profite pour le remercier seize ans après, lui avoir remis le Prix Lesly Délatour en 2002.

De la société de consommation sur les bases du capitalisme accéléré, on comprend pourquoi les jeunes affichent autant de vulnérabilité jusqu’à se faire aboyer par le système. Il est grand temps de dire non à ces jeunes qui dépensent beaucoup trop pour se payer un téléphone portable détourné de tout objectif entrepreneurial. Des absurdités qui interpellent, en observant des jeunes solliciter un petit emploi avec le salaire minimum, avec en main un appareil qui dépassent souvent le salaire d’une année de travail.

Loin de forcer les professeurs d’économie du nouveau secondaire à exiger des élèves des comptes rendus de lecture autour d’une sélection de dix ouvrages durant l’année académique, comme : « Père riche Père pauvre », « Vivre c’est vendre », « Le pouvoir des idées »… entre autres, il faudrait au moins commencer par imprimer des affiches autour de l’éducation à la finance sur les murs de nos salles de classe, proposant les meilleurs comportements responsables à développer à chaque tranche d’âge ; pour gagner de l’argent et le dépenser, pour épargner, économiser et investir.

Articuler les politiques publiques en matière de promotion sociale en Haïti

Dans ces états généraux sectoriels prévus, il faudra une véritable réflexion approfondie pour redéfinir ou pour actualiser les véritables missions du ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), par rapport à la réalité actuelle des jeunes, comme base du levier familial. Repenser cette politique devient une urgence pour harmoniser autant le salaire minimum pour les parents en particulier, mais également encourager les jeunes à se mettre en association dans leurs régions et communautés respectives pour encourager le civisme, le bénévolat, les actions durables et l’entrepreneuriat social et culturel.

Avec l’absence de maisons des associations dans les mairies pour encadrer les jeunes et mobiliser les organisations, les acteurs et les opérateurs dans l’élaboration de l’agenda culturel de la ville, les espaces des écoles nationales, des lycées et des universités de chaque commune et dans chaque département devraient pouvoir s’inscrire autour d’un pacte pour la promotion sociale et durable avec les membres des collectivités territoriales à partir d’une synergie entre les acteurs et suivant des objectifs définis et une compétition intercommunale ouverte.

Faire comprendre les véritables enjeux géopolitiques au plus simple citoyen haïtien !

Dans la chanson « Yo » du groupe compas Tabou Combo, le groupe du batteur Herman Nau devenu ministre de la Jeunesse et des Sports, Fanfan « Tibòt » semble avoir tout dit dans la présentation du tableau critique, dramatique et surtout géopolitique.

« Meriken pa vle ayisyen, yo fè yo retounen paske yo pa kiben », malgré ce fait confirmé, les musiciens en choeur continuaient de solliciter : « Yon ti jès pou yo, yon tandrès pou yo, yon favè pou, yon lonè pou yo, yon zepòl, yon pawòl pou yo, yon bonte pou yo, lamitye pou yo ! ».

Qui a dit que les pays n’ont pas d’ami, mais des intérêts ?

Et la chanson poursuit son plaidoyer vers nos plus proches voisins : « Dominiken pran ayisyen travay kan pou anyen, travay kann kou dè chyen. Se pwòp frè yo ki trayi yo. Chante sa se pou yo, pou nou ka sonje yo ». Une musique des années 1990, comme parmi tant d’autres textes de Manno Charlemagne qui garde toute sa fraicheur et la virilité des verbes et de son message, comme un lourd héritage dans les relations privilégiées ou déséquilibrées entre Haïti, la République dominicaine et les États-Unis, en passant par les faveurs octroyées jadis au peuple cubain.

Faire comprendre les véritables enjeux géopolitiques et historiques au plus simple citoyen haïtien sur les bancs de l’école parait comme l’un des derniers chapitres à inscrire dans le prochain manuel scolaire destiné à la génération qui doit enfin contribuer au renouveau de ce pays, dont on se plaint sans cesse.

La recherche de solutions durable autour de cette problématique aussi transversale que le terrorisme, le réchauffement climatique au sein de la mondialisation doit passer par une nouvelle forme de transmission de connaissance pour conscientiser le plus grand nombre des acteurs, tout en démocratisant les opportunités économiques, sans nuire les relations bilatérales et multilatérales.

Dominique Domerçant

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