Pourquoi autant de prénoms de femmes dans la musique haïtienne ?

Dans l’histoire de la musique haïtienne, il existe plusieurs manières d’apprécier la femme entre les éloges et les critiques. À chaque génération et dans toutes les tendances, des poètes, des compositeurs, des musiciens et des interprètes nous impriment de nouveaux prénoms et alimentent nos vocabulaires. De prénoms de femmes de A à Z : Amour, beauté, chance, doléance, envie, frivolité, etc. tout se joue entre la musique et la danse.

Derrière ces portraits et ces prénoms au féminin pluriel, certains demandent pardon, d’autres lancent leur bâton pour tenter de décrocher le fruit défendu de l’arbre. Plus que de simples refrains, mais des sujets traversés par la poésie, l’histoire, la psychologie, la sociologie et l’éducation entre autres, pour nous aider à comprendre le niveau de développement ou de déviance de nos sociétés, en commençant par la famille, qui va choisir ces prénoms à donner leurs enfants. Pourquoi ne chante-t-on pas autant de prénoms masculins dans la musique haïtienne ?

Amour, admiration, affection, absence, adieu, amertume… autour des femmes d’Ayiti !

Dis-moi quel prénom que tu préfères je te dirai tes relations avec un tel type de personnage ? Combien de parents ont été influencés par des chansons pour donner un prénom à leurs filles ? Quel est le poids symbolique de ces prénoms dans l’évolution sociale ? Comment les compositeurs, les interprètes et les musiciens négocient-ils le choix de chaque prénom ? À quel personnage réel ces prénoms font-ils référence, allégeance ou par reconnaissance ?

Combien de prénoms de femmes retrouve-t-on dans chaque album ? Quels sont les groupes ou les musiciens comme Michel Martelly qui ne célèbrent pas des prénoms de femmes dans leurs compositions et pourquoi ? Quels sont les impacts éventuels des choix de prénoms sur la vie de couple de ces artistes et surtout interprètes ?

Pourquoi autant de prénoms de femmes commençant par la lettre « A » ?

« Adélina » est l’une des plus belles pièces du groupe musical : « GM Connection ». Cette chanson traduit autant le talent et l’immortalité de Gérard Daniel et Mario Mayala, qui nous invitent depuis à chanter en choeur : « ou pa ta fèm sa wooo…, Adélina bèl fanm ! », pour enchainer avec le jeu d’ensemble : violon, saxophone, guitare, tambour et piano.

« Adrienne » ne vieillit pas dans la liste des portraits de femmes à succès du groupe Tropicana, car des jeunes continuent de fredonner en choeur : « mwen gen lontan depim map filew… ». « Afouna » a été célébrée dans le carnaval 2007 de feu James Alex Pierre dit « Black Alex » qui criait tout son amour à cette dernière malgré ses autres choix.

« Amélie » s’inscrit dans des registres d’au moins deux groupes. Avec Tabou Combo, elle est célébrée dans ces termes : « Lè Bon Dieu te kreye la fam li ba yo sèvo li bayo cham. Pou yo kapab sedwui le zòm… ». « Atansyon, se sa yo mande ! Emosyon. Se sa yo mande ! ». « Angelica » sera egalement dans nos murs avec le groupe Mizik Mizik.

Adélina, Adrienne, Afouna, Amelie, Anita… aide-moi à compléter la liste svp ?

Avec le groupe Zèklè, « Amélie », trouve en français et en créole une autre voie à travers la voix de Joël Widmaeier, et de son complice d’époque Raoul Denis Jr pour devenir un classique.

« Anita » anyewo… C’est le cri d’Isnard Douby qui sollicite la main de cette femme avec beaucoup de supplication : « Anita bel fanm mwen…». Anita est bien ce nom qui incarne dans l’imaginaire collectif, les souvenirs d’une si belle jeune fille au teint créolisant ou « Dantorisant », comme pour se rappeler Magalie Marcelin dans sa jeunesse d’actrice de cinéma.

Beauté et bonté célébrées entre le corps, le coeur et les coups bas… !

« Benita » a eu la chance de voir couronner son mariage à travers le groupe Septentrional d’Haïti. « Bonita » est cette fleur soleil, que Jude Jean nous interprète dans une douce composition du groupe K-Dans.

« Caroline » est sortie en 1982 avec l’emblème du groupe Skah Shah, dans des notes suivantes : « Le ciel est triste et sombre depuis que tu t’en es allée mon amour ». « Je veux chanter pour toi ». Un texte en français empreint d’une poésie nostalgique qui célèbre l’amour de Caroline. Ce prénom sera repris dans le premier album du groupe Mizik Mizik, qui se sert d’intermédiaire pour dire : « Mwen gen yon bon zanmi kap fou pou wou…. ».

De Bénita en Bonita, en passant par Carolin et Coraline, Chimène, Darline, Diana, Diane…

« Coraline », du groupe « K-Dans », est cette célébration de la femme dominant l’homme par tous ses charmes, jusqu’à forcer ce dernier, à travers la voix de Jude Jean à se demander à cette époque : « Sa poum fè.. ? », tout en dansant son « Konpa Akounamatata ».

« Chimène » est l’un de ces prénoms qui immortalisent le groupe Fasad des années 90, dans notre mémoire. Avec le refrain « Pou Chimène », le chanteur se dédie totalement à cette figure féminine, qui invite dans un voyage romantique en visualisant la vidéo qui accompagne la chanson. Comment certaines filles ou femmes négocient-elles pour que leurs prénoms deviennent des chansons ?

Décidément, on ne finit pas de dénombrer des prénoms oubliés… !

« Darline » de King Posse demeure l’une des pièces à avoir offert le plus tendre choeur dans le Rap Kreyol dans les années 80.

« Diana », ma nana, tu restes encore celle que j’adore ! Encore la bande de Black la. Qui peut contredire que ce morceau n’ait pas été l’une des plus belles pièces de « King Posse ».

« Diane » est l’une des pièces dans la musique instrumentale haïtienne, signée Reginald Policard, qui célèbre dans les notes de piano le poto-mitan de la vie de tous les hommes. Point besoin de décrire cette chanson. Il faut juste l’auditionner la nuit avant de s’en dormir, tout en évitant de rendre madame jalouse à force d’interpréter ce prénom de femme comme une prière.

Au paradis des hommes se trouva : Eva, Farah, Jenny, Johanne, Lèlène, Manzè Rosa, Matilda, Marie Jocelyne…

« Eva », dans la chanson « Trahison » des premières années du groupe Zenglen avec la voix de Gary Didier Pérez a bien fait sa route. « Farah » porte par contre en elle, toute la charge émotionnelle de Jacques Sauveur Jean dit « Jakito », cet honorable parlementaire qui continue de chanter.

« Jenny », « Santiman mwen gen pou wou pap janm fin. Afeksyon mwen gen pou wou, pap ka imajine » est une création du groupe « All Stars de Port-de-Paix », qu’on danse dans ses complaintes : « Jenny, wa va sonje… ». « Johanne » est ce prénom très populaire en Haïti immortalisé par le groupe Bossa Combo, tout en inscrivant la voix de la petite se présentant : « Je m’appelle Johanne Calixte. J’ai neuf ans. Je présente mes compliments au groupe Bossa Comba ».

Quel lien entre ces musiciens qui arment leurs pairs et charment les femmes ?

« Kimberly » en compagnie de Saint-Pierre a été honorée par le groupe Original Rap Staff (ORS). « Lèlène » désigne l’une des meilleures compositions du groupe « Shoogar Combo ». Une mélodie qui raconte la séparation dans la diaspora : « Lèlène cherie wale nan New York City. Yo di nan NY genyen anpil fredi… ».

Du fait que « Ma Rose » de Zin n’est pas un prénom, on va se contenter de « Manzè Rosa » de Boulo Valcourt dans « Haitiando ». Cette chanson porte certainement les couleurs tropicales, Afro-Caribéennes et Latines. « Marie Jocelyne » de la bande de Coupé Cloué se précise dans ces termes : « Se pou Marie Jocelyne jaden kèm ouvri jodi a.. ». Une porte ouverte pour les nostalgiques de l’ensemble Select. « Matilda » revient avec Boulot Valcourt, qui nous exhorte à ne pas tomber dans les pièges de ces femmes qui depuis toujours, portent les masques de Matilda.

Entre la musique et la mémoire, les mélodies et les moeurs, nous sommes invités à composer ensemble le nouvel alphabet des prénoms de femmes en chanson dans la littérature haïtienne. À suivre…

Dominique Domerçant

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