La dédollarisation, un acte de souveraineté monétaire et un remède à l’inflation

Alors que la dollarisation peut avoir pour effet d’éliminer en partie l’inflation et alléger un déficit budgétaire suivant les devises importantes du pays en question, la dé-dollarisation semble aussi être un moyen efficace pour lutter contre la crise inflationniste, compenser les déficits jumeaux et enfin un acte de souveraineté monétaire.

Durant cette dernière décennie, Haïti a connu une dollarisation chronique. Ce qui s’explique par l’évolution galopante du taux de change et qui aurait impact aussi sur le taux d’inflation. Malgré l’injection de monnaie faite par la Banque Centrale dans l’économie, la situation reste encore critique. Aujourd’hui encore le taux de change rôde autour de 65 gourdes pour un dollar selon le taux de référence de la BRH. En vue de trouver un palliatif plus significatif à ce fléau, le gouvernement, en Conseil des ministres, a annoncé par décret une mesure visant à dé-dollariser l’économie nationale. Mesure qui a suscité de nombreuses réactions dans les différents secteurs du pays.

Pour aider à mieux comprendre la situation, il faut préciser que l’économie haïtienne est en face d’une dollarisation de fait (de facto) ou partielle : le dollar sert actuellement d’unité de compte, de réserve de valeur et de moyen de change dans une grande proportion. Ainsi, le pays garde-t-il sa monnaie nationale en circulation, mais permet aussi d’effectuer librement des paiements et des transactions avec la monnaie étrangère, le dollar. Ce que le gouvernement veut soustraire à travers cette mesure.

Si la dollarisation, considérée comme un mal nécessaire dans un contexte d’inflation galopante, peut être profitable aux pays industrialisés et aux pays ayant des devises. Ce n’est, pourtant, pas le cas d’Haïti, dont la production est faible. La dollarisation ne lui profiterait guère. À noter qu’un pays qui adopte une devise étrangère comme monnaie légale perd son seigneuriage. Aussi se prive-t-il de toute possibilité d’avoir une politique monétaire et une politique de change autonome.

En guise d’argument, l’équateur a échangé le dollar contre le sucre en 2000 et s’est accroché à la dollarisation comme une bouée de sauvetage. Mais, Haïti n’a presque rien comme devise à échanger avec les autres pays. Le faible taux d’exportation expliquant le déficit de la balance commerciale en est un élément justificatif. Par ailleurs, les effets de ce phénomène sur l’économie de Salvador, du Guatemala et du Honduras qui ont suivi l’Équateur demeurent jusqu’à date largement inconnus. Ainsi, pourquoi Haïti devrait-elle laisser continuer cette dollarisation chronique qui se fait dans son économie ?

D’ailleurs, à mesure que le dollar se fortifie, la gourde déprécie et le coût de la vie augmente. Selon Fischer et Al. : « De nombreux pays ne veulent plus dépendre du dollar car lorsqu’il y a une forte dollarisation de l’économie d’un État, les prix intérieurs sont déterminés par le taux de change. Ainsi, chaque fois qu’il y a une volatilité du taux de change de la gourde par rapport au dollar, on constate une hausse du niveau de prix ou encore du taux d’inflation ».

Que faire face à une telle situation ?

Combattre l’inflation est l’un des principaux objectifs des autorités monétaires. Pour y arriver, elles (les autorités) peuvent augmenter le taux de réserve obligatoire sur les dépôts en dollars. Elles peuvent aussi s’en prendre aux réserves de change en intervenant sur le marché comme éléments palliatifs. Toutefois, la dé-dollarisation, étant un instrument pouvant compenser les déficits jumeaux, la solution serait enfin de retrouver la souveraineté monétaire en sortant l’économie nationale du cycle chronique de la dollarisation de facto.

La démarche

Dans un premier temps, le gouvernement peut interdire l’usage du dollar dans les transactions intérieures (payer des salariés, achat et vente de produits ou de services). Ensuite, il peut s’engager dans une chasse aux cambistes de rue et chercher à supprimer les bureaux de change en interdisant l’usage du dollar comme monnaie parallèle ; ce, en imposant un taux de change irréalisable.

Rien ne garantit que le gouvernement haïtien va respecter à la lettre cette démarche. Toutefois, il faut rappeler qu’Haïti n’est pas le premier pays de l’Amérique latine à mener une telle politique monétaire : la Bolivie en 1982 en est un exemple.

Edver Serisier

économiste

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