Kont anba tonèl : des contes pour tous

Avec Jeanine Qannari, lors d’un atelier de travail dans le cadre du festival de conte.

 

L’association Foudizè théâtre, dans le cadre de la neuvième édition du festival interculturel de conte baptisé : « Kont anba tonèl », a présenté sur la cour de l’Institut français d’Haïti (IFH), le jeudi 29 mars 2018 une soirée de contes et slams. Le collectif G5 comportant un groupe de slameurs et les conteurs Dérilon et Chelson Ermoza étaient à l’affiche de ce spectacle qui a conduit l’auditoire dans univers plein de merveilleux où les mots étaient utilisés comme une allégation de dire le silence.

Trois slameurs du collectif G5 accompagnés de trois musiciens : un guitariste, un batteur et un percussionniste ont investi la scène de l’IFH. Ces artistes imbibés dans les vagues ondulantes de la poésie ont puisé dans la musique traditionnelle haïtienne pour laisser apparaitre les ressentis jaillissant de leur être. « Grand bwa pa nan betiz » est le premier titre interprété. Les slameurs ont utilisé comme bon leur semble les calembours et d’autres jeux de mots pour philosopher sur la vie qu’ils ont devant eux, sur le vagin de la femme comparé à un triangle isocèle. Sur leurs lèvres les proverbes et les vieux dictons haïtiens ont eu toute leur sensation et leur connotation. Les titres des oeuvres les plus célèbres de la littérature haïtienne ont été présentés, arrangés, alignés selon les besoins du texte, selon ce qu’ils avaient envie d’exprimer.

« Lavi isit se tankou yon boul k ap woule

Si jodi a li nan pye w demen l ap nan pye yon lòt

Ravèt pa janm gen rezon devan poul Jan chat mache se pa konsa li kenbe rat

Mache prese pa janm dòmi san soupe

Pou pita pa pi tris pi bonè se granm maten

Two prese pa fè jou louvri

Men anpil chay pa lou

Yon sel dwet pa manje kalalou

Fok nou sispan ak tout voum se do

Pou devan pòt pa tounen dèyè kay. »

Tezen a succédé à ce premier morceau. Les trois slameurs ont été rejoints par trois jeunes chanteuses. La guitare sèche dans cette com­position soupirait comme une ri­tournelle. Ensemble, ils ont revisité l’histoire de ce poisson amoureux qui offrait une eau limpide et claire à Anita sa bien-aimée. Les slameurs se sont revêtus, tant bien que mal, dans la peau des personnages pour raconter, dans la simplicité, ce conte notoire. Le texte femme qui s’en est suivi est enluminé d’érotisme.

« Sous sa robe transparente, j’aperçois des forêts, ma machette était absente pour couper. Son petit jardin me donne de l’attirance. Je ne suis pas vaginomane, c’est le triangle qui m’a séduit. Ce petit jardin n’est pas Eden mais il est paradisiaque. Là-dedans, je suis né. Là-dedans, je vais mourir. Je ne suis pas « boubou­nomane » c’est le créole qui m’a tra­hi. » Puis un autre texte qui a fait al­lusion à Lizette qui a quitté la plaine de Duvivier de la Mahotière en pas­sant par Choucoune d’Oswald Du­rand, Ti dife boule sou listwa Day­iti de Michel Rolf Trouillot jusqu’à Bobomasouri de Franckétienne a été slamé.

Le conteur Dérilon a expliqué pour­quoi il a été prénommé ainsi. C’est que sa mère lui avait donné nais­sance au milieu de deux rues qui sont longues. Il a raconté par la suite les péripéties de Colibri, un person­nage qui se croit beaucoup savant. Un Galilée de notre temps. Chelson Ermoza interprétait des chansons que l’on avait l’habitude d’entendre dans les rondes enfantines. Au son de « krik krak »,. « Yekrik yekrak », il a dressé le profil d’un homme astuc­ieux qui veut passer le plus clair de son temps dans un village où il fait bon vivre. Les spectateurs avaient l’air heureux. Tout le monde riait de bon coeur. La neuvième édition de ce festival de conte qui se déroule autour du thème : « Lakay pou n konte » a bien tenu ses promesses. Le collectif G5 a clôturé cette soirée dédiée au conte et au slam.

Schultz Laurent Junior

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