Environnement : Le réchaud amélioré peine à s’imposer en Haïti

Depuis des décennies, l’environnement connait une dégradation accélérée en Haïti. À l’origine, la coupe effrénée des arbres.

Une multitude d’entreprises de « Dry Cleaning » (nettoyage à sec), de boulangeries et de guildives  recourent à l’abattage systématique des arbres dans les forêts pour faire fonctionner leurs usines avec du charbon de bois.

Une pratique illégale que condamne la loi du 21 juillet 1987, rappelle Joaneson Lacour, détenteur d’un doctorat en chimie de l’environnement. 

En 50 ans, la réserve forestière du pays est passée de 20 % à moins de 3% en 2018, déplore-t-il, appelant à l’utilisation d’un autre produit par ces industries

L’utilisation du charbon de bois demeure la technique privilégiée pour les cuissons en Haïti en dépit du fait que cette pratique entraine la dégradation de l’environnement 

Les contraintes économiques représentent un obstacle de taille aux changements de comportements en la matière.

Le prix de la marmite du charbon de bois varie entre 40 et 50 gourdes, se désole Marlène Laflèche, une jeune femme frisant la trentaine.

 Des initiatives encourageantes

L’entreprise Palmis Enèji projette de faciliter l’accès à des solutions énergétiques propres et efficaces pour les populations les plus démunies en Haïti, en déployant son réseau de distribution de réchauds améliorés dans le Sud et le Nord.

Près de 18 mille réchauds seront distribués dans la zone en vue de combattre la précarité énergétique, annonce-t-elle.

Toutefois, le directeur général de Palmis Eneji, Jean Farreau Guerrier, coordonnateur d’Entrepreneurs du Monde déplore un manque d’accès au gaz propane dans le pays.

Ce qui fait que la transition du charbon vers l’utilisation des réchauds améliorés prendra du temps, dit-il.

De plus, il existe une rareté de ces réchauds sur le marché national.

Des dizaines de réchauds de divers types sont installés à l’entrée de la rue Caméléon, devant le parvis d’une maison fissurée par le séisme du 12 janvier 2010.

Le dessinateur industriel Bob Sakaligali qui vient du Nigeria fabrique des réchauds depuis 1990 en Haïti notamment sur demande.

Il propose de mettre sur le marché des réchauds à kérosène, moins cher et moins dangereux que celui avec le propane.

Ces réchauds à kérosène sont rapides, faciles à utiliser et peu coûteux.

Beaucoup se plaignent des coûts exorbitants d’une bombonne de gaz propane.

Méléus Dieumy, étudiant à l’Université Quisqueya en Agronomie, a présenté des réchauds améliorés fabriqués par l’entreprise Echo Haïti, lors de la troisième Edition du village Alternatiba, dans la commune de Cité Soleil.

«Ce sont des réchauds qui peuvent être utilisés à base de biomasse. Les biomasses sont des matières organiques, qui peuvent produire de l’énergie. La pellette, faites à base de paille de riz. Avec des briques, pour valoriser les déchets » indique-t-il.

Actuellement, ce produit serait dans la phase d’expérimentation pour diminuer la quantité de gaz à effet de serre.

Ce produit a été fait à base de résidus de bois, de bagasses de canne bien séché, du papier mélangé avec du cire de bois, utilisée dans une machine pour donner une substance qui peut produire de l’énergie.

Ce produit devrait être commercialisé au début du mois de janvier 2018.

D’autres institutions comme l’usine El Fuego del Sol s’adonnent à la fabrication de briquettes, qui est une forme de combustible solide.

Grace à une machine manuelle, elle pourrait produire 5 mille briquettes par jour, selon un article de Challenges magazine paru en avril 2016.

Plusieurs ingrédients ont été utilisés pour sa fabrication, notamment le carton, le papier, et la sciure de bois, qui sont transformés en pâte et placées dans des moules rectangulaires pour être séchés.

L’entreprise Ticadaie, produit des briquettes à base d’argile, de sciure de bois, d’amidon  et de poudre de charbon récupérés.

Bien que ces briquettes soient moins chères que le charbon de bois, leur commercialisation à grande échelle tarde encore à venir en raison d’une absence de politique énergétique claire des autorités de l’Etat.

Interrogé à ce sujet, Daphinis Alvert Sener, un cadre du Ministère de l’environnement (Mde) affirme que l’institution avait distribué près de 500 réchauds réchauds à kérosène à l’Ile de la Gonâve sous l’ancienne administration du président Michel Joseph Martelly.

Le projet n’a pas continué parce qu’il s’inscrivait dans le cadre d’un ensemble d’activités ponctuelles.

En partenariat avec l’organisation sociale de l’Église catholique romaine, Caritas, le Mde expérimente actuellement un projet de réchauds en ce qui concerne les changements climatiques, dans la commune de Léogâne (sud de la capitale), informe Daphinis Alvert Sener. 

Jean Elie PAUL

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