Changer les lois qui empêchent les femmes de travailler

Nous nous réjouissons tous de voir que la situation des femmes s’améliore dans le monde en général, et dans le monde du travail en particulier. Mais nous nous réjouirions encore plus s’il ne fallait pas attendre la survenue d’événements dramatiques pour voir les choses changer et l’égalité avancer. De Hollywood à Londres, les cas de harcèlement sexuel et les écarts de rémunération entre hommes et femmes qui ont été révélés cette année ont fait les gros titres, suscitant l’indignation et montrant la nécessité de faire rapidement cesser des pratiques et des comportements inacceptables.

Les femmes, qui constituent la moitié de la population de la planète, contribuent autant que les hommes à la croissance économique, c’est incontestable. D’aucuns estiment même qu’elles contrôlent la majeure partie des dépenses de consommation dans le monde. Dans certains pays, l’élimination des discriminations à l’égard des femmes se traduirait par des gains de productivité du travail qui pourraient atteindre 25%, simplement du fait d’une augmentation du taux d’activité féminine.

Pourtant, dans plus de la moitié des pays du monde, les femmes n’ont toujours pas accès à certains emplois parce qu’elles sont des femmes. Et ce n’est pas tout : 123 pays n’ont aucune loi sur le harcèlement sexuel dans le milieu scolaire, 59 pays ne sanctionnent pas le harcèlement sexuel au travail, et, dans 18 pays, un mari est en droit d’interdire à son épouse de travailler.

Ces statistiques accablantes proviennent du rapport Les Femmes, l’Entreprise et le Droit 2018. Publié par la Banque mondiale, ce rapport mesure l’évolution des obstacles juridiques à l’activité économique des femmes depuis dix ans. Il nous permet de mieux comprendre comment les lois influencent la décision des femmes de créer et de diriger une entreprise ou d’avoir un emploi.

Le rapport se penche sur sept indicateurs : l’accès aux institutions, la jouissance de la propriété, l’obtention d’un emploi, les incitations au travail, les actions en justice, l’accès au crédit et la protection des femmes contre les violences. Chaque pays obtient un score pour ces sept indicateurs. Si un pays comme l’Espagne affiche globalement des scores élevés, les chiffres révèlent également l’ampleur des difficultés que beaucoup de femmes continuent de rencontrer lorsqu’elles cherchent à s’engager dans la vie active et à développer leurs activités.

Dans les pays où les femmes ne disposent pas des mêmes droits de propriété que les hommes, par exemple, celles-ci ont plus de mal à obtenir un financement parce qu’elles ne sont pas en mesure d’apporter un bien en garantie.

Le rapport le montre clairement : les femmes se heurtent à des inégalités ancrées dans la loi qui les empêchent d’accéder à l’emploi ou de lancer leur entreprise au même titre que les hommes.

Premièrement, en raison de restrictions à l’emploi, il est plus difficile pour les femmes de travailler : 104 pays limitent, sous une forme ou une autre, leur accès à certains emplois, par exemple dans des secteurs comme l’exploitation minière, la production manufacturière, la construction, l’énergie, l’agriculture, l’eau et les transports. À cause de ces restrictions, quelque 2,75 milliards de femmes n’ont pas les mêmes opportunités que les hommes.

Deuxièmement, les femmes ont davantage de chances de diriger une entreprise si des lois les protègent contre le harcèlement sexuel. Or, d’après nos estimations, plus de 500 millions de femmes dans le monde ne bénéficient d’aucune protection juridique contre le harcèlement sexuel au travail. La législation ne peut probablement pas remédier à elle seule au problème, mais c’est un premier pas essentiel. On observe en effet que, lorsque ce type de lois existe, les femmes peuvent plus facilement devenir chef d’entreprise.

Troisièmement, les femmes sont moins susceptibles d’exercer des responsabilités publiques si la législation restreint leur autonomie et leur liberté de mouvement. C’est le cas pour près de 850 millions de femmes dans le monde. Dans 31 pays, par exemple, elles ne peuvent pas choisir leur lieu de résidence aussi librement que les hommes.

Mais le changement est en marche, et on constate que, lorsque l’égalité entre les sexes est un principe inscrit dans le droit du travail, davantage de femmes travaillent et leur écart de rémunération par rapport aux hommes est plus faible. En Colombie, la Cour constitutionnelle a considéré que l’interdiction faite aux femmes de travailler dans les mines était une mesure discriminatoire. Et, récemment, la Bulgarie, les Kiribati et la Pologne ont mis fin à toutes les restrictions à l’emploi des femmes.

Des initiatives comme le mouvement #MeToo sur les réseaux sociaux sont importantes pour dénoncer le harcèlement sexuel et la violence au travail. Mais pointer du doigt les pays dont la législation perpétue les inégalités entre les sexes est aussi un moyen de lutter contre les discriminations dont souffrent les femmes dans le monde.

C’est pourquoi le rapport Les Femmes, l’Entreprise et le Droit 2018 peut contribuer à promouvoir et à accélérer les réformes en faveur de l’égalité entre les sexes. Avec, à la clé, une prospérité accrue et une stabilité plus grande au profit de tous et de toutes.

Kristalina Georgieva,

directrice générale de la Banque mondiale

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