Adieu à Yves Dejean

Funérailles du linguiste Yves Dejean à l’église Saint-Louis Roi de France.

 

Les obsèques du linguiste et pédagogue, Yves Dejean décédé le 29 mars 2018 ont eu lieu le mercredi 4 avril en l’église Saint Louis Roi de France de Turgeau. Conformément à son voeu, l’éminent professeur a eu droit à une cérémonie simple, sans les grands discours traditionnels. Ses proches, amis et des universitaires ont pris part à ses funérailles, dont l’officiant principal, le père William Smarth, un grand ami du défunt.

Les contributions du professeur Dejean pour une plus large diffusion de la langue créole et sa grande piété étaient évoquées tout au long de la cérémonie. D’ailleurs, les premiers versets bibliques lus sont tirés de la traduction qu’il a proposée sous le titre « 4 ti liv levanjil ». Un des célébrants, Mgr André Pierre a, en effet, rappelé qu’en 1967, Yves Dejean et son frère, Paul, ont traduit en créole les quatre évangiles du premier testament afin de rendre accessibles les saintes paroles à la grande majorité de la population haïtienne.

Un rationaliste chrétien

« Malgré les circonstances difficiles vécues sous la dictature de Duvalier qui l’ont poussé à abandonner le clergé, il est resté un homme pieux qui accordait une grande priorité à la parole de Dieu dans sa vie », déclare le révérend William Smarth. Dr Dejean a mis ses connaissances en linguistique au service des chrétiens. Ses études en hébreu biblique étaient motivées par son projet de traduire toute la bible en créole haïtien. Ce travail qu’il a commencé en compagnie de l’évêque de Port-de-Paix, Pierre Antoine Paulo, s’accomplissait progressivement. Tout récemment, il a remis la traduction du livre Cantique des Cantiques. Mais à cause de sa maladie, il n’a pas pu faire de même pour les trente-et-un chapitres du livre des proverbes, regrette le Père Smarth.

Un scientifique qui éprouvait un amour particulier pour ses compatriotes particulièrement les plus méprisés, ainsi le religieux décrit le scientifique qui aimait se présenter comme un rationaliste chrétien. Il témoigne que Dr Dejean était un homme plein de compassion et de bonté, des vertus qui l’éloignaient le plus possible de la cupidité et de la mégalomanie, dit-il.

Yves Dejean, le chercheur passionné

En dépit de son engagement dans la promotion du créole haïtien, Dr Dejean restait très ouvert sur d’autres langues. « Il parlait bien le français et a appris le grec, l’hébreu, l’anglais et le latin pour bien comprendre l’importance d’une langue dans la vie d’un peuple et dans une civilisation », dit Père Smarth. Le génie de ce pédagogue lui a permis de parvenir à des conclusions très justes sur le rapport entre la langue d’un peuple et son système éducatif. D’où son livre, « Yon lekòl tèt anba, nan yon peyi tèt anba ».

Yves Dejean a été inhumé à Fort Royal, à Petit Goave, où il a fondé une école baptisée « Sant 3 ti flè » qui fonctionne depuis mars 1988. Une veillée marquée par de nombreux témoignages avait eu lieu le mardi 3 avril. Des photos et livres du professeur ont été exposés lors de cette soirée tenue dans les locaux des études post-graduées de l’UEH, à Pacot. Cette activité rappelait le 90e anniversaire du défunt célébré dans l’après-midi du mardi 16 mai 2017 au même endroit à l’initiative de l’« Akademi kreyòl ayisyen » (AKA), le bureau du secrétaire d’État à l’alphabétisation et la faculté de Linguistique appliquée.

Yves Dejean était un ancien prêtre catholique. Il était, comme son frère Paul Déjean, parmi les neuf prêtres spiritains chassés du pays par la dictature de Duvalier en 1969. Au cours de son exil qui a pris fin en 1986, il a poursuivi ses études pour décrocher un master en hébreu biblique au Canada et un doctorat en linguistique à l’Université d’Indiana aux États-Unis.

Kendi Zidor

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