ZoKanzo et la poésie d’Anivince

Le poète Anivince Jean Baptiste.

 

« M sèmante lannwit se cheve tan an ki gaye sou vizaj lorizon ». La poésie anivincienne a pour vêtement des images surréalistes. Des images opaques. ZoKanzo, long poème écrit sur un air de chanson, nous pousse à arpenter l’espace géographique de la métaphysique.

« tivens se leletènite nan lide li ride rive sou deriv lenvizib ».

Anivince, ce poète des hautes sphères, à travers ses textes riches en création, nous conduit vers les sentiers d’une poésie au goût de jeune fille en ovulation et en transe sexuelle.

« Se mo ki pote dèy alfabèt ki mouri sonje lavi powèt »

Un simple voyage dans ZoKanzo nous invite à découvrir ce poète dont la poésie se veut chanson, chanson pour voguer vers l’inconnu, chanson pour résider dans l’éloquence du dire qui dé­nude la lourdeur.

Dans ZoKanzo, la poésie devient une quête profonde. Un voyage vers le sub­lime. Un voyage au-dessus du réel. Un voyage vers la transcendance.

« lenfini pran fòm dat nesans m pa t janm pran lanmò oserye »

ZoKanzo, ce long poème, fixe le rendez-vous pour le voyage. Le voyage vers ce qui est énergie. Le voyage vers ce qui est mouvement. Le voyage vers la création, la religion universelle des anticonform­istes. Pour Anivince Jean Baptiste Tiv­ens, l’urgence de jeter les lecteurs dans les précipices de l’émerveillement devi­ent obligation et acte d’engagement. Ce poète, par son écriture bien peaufinée, essaie de montrer à tous que les mots pour dire musicalement, suavement, harmonieusement et poétiquement en langue créole, arrivent par brassée.

Le voyage dans les textes de ce poète de grand souffle nous convie à cohabiter avec le beau. L’urgence de fuir le déjà vu et le déjà entendu, fait de ce poète un créateur de belle étoffe. La langue utilisée par Anivince n’est pas celle de tous les jours, celle-ci est celle d’un poète qui croit que créer pour étonner est l’exigence faite à chaque vrai poète. ZoKanzo serait une oeuvre écrite sur un tissu de légendes vodouesques. Cette oeuvre se définit comme une clef pour ouvrir la porte des djévos. À travers ce titre, Anivince semble nous inviter à vivre le rituel rada lié au passage au feu dans la prise de l’asson.

Dans ZoKanzo, chaque phrase serait miroir pour communiquer avec le souffle de la vraie poésie. Le poète, per­du dans transe, nous donne à lire des textes très émouvants. Chez Anivince, écrire c’est s’évader pour réinventer la vie, les hommes et les couleurs. Écrire pour le poète Anivince est une façon de faire des assauts à l’imitation servile. Avec la poésie anivincienne, nous avons donc compris que la langue créole pos­sède la magie de charmer les amoureux de la vraie poésie. Harmonie, musique et création se côtoient dans ZoKanzo.

La poésie anivincienne place celui-ci dans la galerie des grands poètes. Ay­ibobo pour ZoKanzo, poème sensible comme les seins d’une demoiselle noyée dans la mer de la libido. Puisse l’univers poétique du poète Anivince nous attirer comme le djévos attire les initiés couchés sur pwen.

Pierre Réginald Riché

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