Toto Bissainthe étoile d’Haïti

Marie Clotilde (Toto Bissainthe).

 

De son vrai prénom Marie Clotilde, Toto Bissainthe est née en 1934 au Cap-Haïtien. Issue de la bourgeoisie haïtienne, Toto Bissainthe a chanté avec ferveur la misère du peuple contre toutes les injustices. Elle considérait sa musique comme une main tendue à toutes les mains blessées du monde. Elle appela Haïti « maman liberté », la première République noire, de la Caraïbe à Afrique, lors de ses tournées mémorables. Chez Toto Bissainthe, la poésie, la musique et les mots allaient toujours. Elle fit partie de l’ensemble des chants populaires d’Haïti à la fin des années 1970. Elle a quitté Haïti dès son jeune âge pour poursuivre des études à l’étranger, et entreprend une carrière théâtrale. Dès 1956, elle participe, en tant que comédienne, avec Darling Légitimus et Jenny Alpha, à la compagnie des Griots, créée par Robert Liensol en 1954. Elle est révélée en 1973 avec le spectacle présenté au théâtre de la Vieille-Grille à Paris, Toto Bisainthe s’impose alors comme une chanteuse et compositrice incontournable partie en exil durant la majeure partie de son existence en France où elle a vécu plus de trente ans. Toto entreprend, en effet, le chemin du retour et qui, bien plus long qu’elle ne se le figurera, de 1979 à 1984 en Martinique, en 1984 en République dominicaine et enfin en Haïti bien plus tard. Et n’a pu retourner en Haïti qu’après le départ de Jean Claude Duvalier en août 1986. Cependant, elle a connu là-bas de multiples désagréments en constatant les mésententes sociales et politiques qui affectaient Haïti, sa terre natale, qu’elle aurait souhaité aider.

Elle était une chanteuse, compositrice et comédienne. Son mélange innovateur de musique traditionnelle et d’arrangement contemporain de textes modernes a rendu hommage à la vie, aux obstacles et au mysticisme du peuple haïtien, en particulier les paysans bien que ses liens avec la ville de Montréal restent peu connus. Un petit parc au coin de la rue Hutchison et de l’avenue Van Horne porte son nom depuis 1996. Elle aimait la vie, la fête, la poésie, le théâtre. Elle était une très grande diseuse et elle a profondément marqué le théâtre haïtien par son rapport au texte et son travail de mise en scène de quelques chansons. Elle a laissé un vide énorme sur nos scènes, des retombées du bicentenaire et des excentricités folkloriques. Au-delà d’Haïti, elle est une mémoire afro-caribéenne, une passerelle entre les Antilles et l’Afrique. Datant de ces échanges, autour de 1970, avec Max Pinchinnat, marquer à tout jamais, au sceau de sa rencontre avec la culture profonde haïtienne. On la voyait participer à des stages d’aide d’infirmière, amorcer des études d’agronomie. Elle a plutôt éclaté dans une part assumée d’elle-même qui pour répondre plus authentiquement au monde de rêve et de révolte qui l’habitaient. On la trouvera en pleine lumière sur les lignes de son départ et c’est cette Toto Bissainthe, qui dans l’ambiance d’exultation de minorité révéler à elle-même, se trouvera à la faveur d’amitié fortuite à faire la découverte enrichissante d’un théâtre en rupture avec lui-même et d’une négritude riche et vibrante de prospectrice. Dans les remous des Griots, première compagnie africaine d’art dramatique, de Paris à la fondation dans laquelle elle a participé en 1956 avec Sarah Maldoror, Samba Abacar, Timiti Bassori. Et sous la direction novatrice et frondeuse de Roger Blin, vingt ans après sa mort en juin 1994, on lui a rendu hommage, explique sa fille Milena Sandler, directrice de la fondation Haïti Jazz à l’initiative de l’exposition itinérante « Ann ale, an avant Haïti ». Elle est morte en 1994 suites d’un cancer du foie. Elle a mis en valeur le patrimoine haïtien en revisitant les chansons vodou traditionnelles malgré l’expérience douloureuse qu’elle a vécue en Haïti.

Midline Richardson

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