Si les zazous m’étaient contés

Je viens de lire un roman de 544 pages paru cette année aux éditions Albin Michel : Zazous, de Gérard de Cortanze. Ce dernier est né le 22 juillet 1948 à Paris. Il est aussi auteur de récits, de poésies, de biographies, d’anthologies, d’essais sur l’art et la littérature, directeur de collection, traducteur, critique littéraire. Le roman Zazous traite des jeunes qui résistaient, à leur manière, à l’Occupation de la France par l’Allemagne. Ces jeunes s’opposaient aux nazis et aux collabos. Ils dénonçaient la guerre. C’est un événement historique auquel l’histoire officielle ne s’est pas souvent intéressée.

Les zazous étaient des adolescents qui avaient entre 15 et 21 ans pendant les années difficiles de la Seconde Guerre mondiale. Ils refusaient de se faire massacrer leur jeunesse. Ils se faisaient connaitre par leur foi en la vie. Ils ne se sentaient jamais désarçonnés. Ils ont résisté à la sauvagerie humaine sous toutes ses formes en vue d`exprimer leur envie d’exister. Ils ont organisé des manifestations en faveur de la liberté. Certains d’entre eux furent arrêtés, tabassés et enfermés dans des camps.

Les zazous affichaient une attitude défiante à l’égard des autorités qui se désintéressaient du sort des opprimés. Leur tenue vestimentaire extravagante était un symbole de révolte contre l’austérité. Ils portaient les cheveux longs pour se moquer des coiffures militaires. Ils écoutaient le jazz « nègre» interdit pendant cette période à la radio en vue de prendre conscience de leurs conditions matérielles d’existence. Pour combattre la désespérance, ils ont dessiné le «V» de la victoire sur tous les murs. Ils ont défié, au péril de leur vie, les instructions des nazis, en signe de solidarité aux juifs. Ils étaient très solidaires entre eux. Ils m`ont appris que la vraie amitié peut survivre à la guerre et à l’occupation. La solidarité entre les jeunes existe-t-elle encore de nos jours ?

Ce roman est d’une qualité littéraire impeccable. Il est très captivant. Au fil de la lecture, ma familiarité avec ces adolescents se renforce. Je partage leur courage d’habiter leur territoire malgré les douleurs du temps. Ils gardaient encore espoir dans un quotidien marqué par l`amertume. Ce roman historique me montre que l`art peut ouvrir l’être humain au monde de la résistance contre la barbarie.

Est-ce que les jeunes d`Haïti ne pourraient-ils pas être des zazous du XXIe siècle. Ces jeunes qui continuent de vivre la dure réalité de l’Occupation du pays par des forces étrangères. Ces jeunes marginalisés par l’État. Ces jeunes livrés à eux-mêmes. Les zazous peuvent bien leur servir de modèles. Comment vivre sa jeunesse, tout en luttant (ne serait-ce que pacifiquement) contre la marginalisation, l`oppression, la violence symbolique, la discrimination, la domination et l’exploitation? Les zazous étaient des contestataires lucides. Ils savaient bien comment faire usage de leur esprit critique.

Ricarson DORCE

Québec, Canada, 26 Octobre 2016

 

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