« Nous sommes tous Africains », cri à l’unisson de plusieurs poètes en quête d’une identité commune

Couverture de l’ouvrage.

 

Nous sommes tous Africains est un livre de coeur et de choeur, là où les voix, la sensibilité se mélangent. Un recueil poétique qui fait son chemin grâce à l’écriture de 16 poètes d’horizons divers pour « tendre la main à l’univers », nous dit Joe Jean-Charles. On ne s’attardera pas sur la biographie des auteurs dans ce travail, sinon de mentionner quelques noms, qui s’accentuera plutôt sur ses portées historiques et poétiques.

Ce livre de 85 pages nous ramène à Jean Price Mars dans son fameux ouvrage Ainsi parla l’oncle qui écrit à la page 9 : « Quant à celui “d’Africain”, il a toujours été, il est l’apostrophe la plus humiliante qui puisse être adressée à un haïtien ». Aujourd’hui, ce livre paru sous la direction du poète Snayder Pierre-Louis chez les éditions De La Fleuvitude, n’entend pas légitimer une telle approche de par son titre : Nous sommes tous Africains. Recherche d’une identité commune. Un retour, possible malgré tout, in extenso à nos racines africaines.

L’Afrique n’est pas ce prétendu coin des barbares, là où il ferait nuit, mais l’Afrique héberge des humains. La danse, le tambour, “réveillant la turbulence des hautes mers”, font corps avec l’identité et l’âme africaines. Dans sa poésie titrée Nous sommes la même, Marie Christine Bernard (Québec) écrit à propos de l’Afrique : Je t’ai vue dansante aux saccades des tambours / Ton visage éclairé par un autre feu / Que celui des nuits du Nord / Que j’habite. En tenant ce recueil, dès les premières pages, grâce à la plume de Marie Christine, on est obligé de faire face à l’histoire du monde, ancienne, mais marquée par les ambitions des occidentaux et leur illusion portée par le sentiment de civilisateur-dévastateur investi d’une quelconque mission. De plus, Marie C. Bernard, l’auteure de plusieurs romans dont Mademoiselle Personne, témoigne son amour pour la terre d’Afrique : Je pense à toi Afrique / Et je sais que nos corps sont le même.

Pour le poète Snayder, la mémoire est au premier plan et le mot liberté doit sortir de la conception qui veut la faire passer pour un simple mot pour devenir enfin réel. Prendre le sens qu’il faut. Plus de colonisateurs. Plus d’Afrique colonisée, mais faut pas oublier que « Maintenant / Les crimes hantent / Sur le discours des colonisateurs / Avec des regards en fuite / Venant de nulle part…Laissez nous marcher mais Viens marcher sur la foi du Blanc / Mais assurez-vous / D’apporter vos histoires / Votre souveraineté / Dans la chair de votre liberté. C’est une Afrique qui se dresse dans l’oeil de l’humanité et qui sera bientôt un arc-en-ciel sur le miroir des cris. Faut-il continuer à espérer quand le poète Mamadou Diouf, sénégalais, se dit pessimiste dans son poème Faux prophètes ? Le destin de la jeunesse a été hypothéqué, écrit-il à la page 23. Mais, n’empêche que cette même Afrique dicte « de nouveaux lendemains / d’autres sentiers lumineux / Pour la conquête de la Liberté / Pour la rédemption de l’Homme ». (André FOUAD- Haïti)

Autres faits historiques passent par la plume de Mackender Jean, né à Jérémie (Haïti). Rappel du Négrier, bateau portant les pleurs des humains arrachés à leur terre natale. Solitude et tristesse, voilà ce qu’il en est. Afrique! Ma douleur est bien grande / Depuis le jour ‘’maudit soit-il”! / Où on m’a arraché de tes seins. J’ai tantôt bien dit Horizons divers, n’est-ce pas ? Alors, c’est le tour de Cary Devilseyes, française, de dire : « D’Afrique je suis. Du poète Selmy Accilien (Haïti), de demander la main car elle se sert de lumière / Quand on marche / Au recto-verso du noir ». De Chrisvinan Joseph (Haïti), d’écrire à Lumumba pour la cause des peuples faméliques comme Somalie, Éthiopie et Togo.

Par ailleurs, l’amour comme thème, souvent sollicité, y est aussi traité, soit envers l’Afrique qui joue un double rôle comme espace géographique et symbolisme de la femme, soit envers une personne aimée à proprement parler. Cependant, l’Afrique reste le thème central de ce recueil qui est un cri à l’unisson, une lutte aussi contre l’injustice, la barbarie de l’occident. Les auteurs se sont eux-mêmes livrés dans un combat sans fin, celui de la Liberté, de la dignité pour dire que Nous sommes tous Africains.

Il faut noter la participation d’autres plumes comme celle de Guerline Compère (Haïti), Wilbert Fortuné (Haïti), Yves Romel Toussaint (Haïti), Jean Aimé Ikapi (Gabon), Jean James Junior Jean Rolph (Haïti), Mamadou Nabombo (Mali), Raynaldo Pierre Louis (Haïti).

Djedly François Joseph

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