Monnaie unique : conséquences et bénéfices

Dans l’objectif de stopper la flambée du dollar face à la gourde et de ralentir l’inflation qui prévaut depuis quelque temps, le gouvernement haïtien a adopté des mesures pour que les transactions puissent se faire en gourde sur le territoire national. Une décision qui arrange certains, pourtant qui dérange d’autres, selon l’avis des analystes économiques.

À un moment où l’économie nationale est plus basse dans la région de la Caraïbe, l’administration Moïse/ Lafontant met feu à la poudre en optant pour une monnaie unique (gourde). Les avis sont partagés. Des analystes économiques y voient comme un avantage pour l’économie, d’autres le voient comme une décision non réfléchie des dirigeants de l’État. Selon l’économiste William Savary qui intervenait à l’émission «le Point» sur la Radio métropole, cette décision est purement et simplement non réfléchie.

« Avant que cette mesure soit prise, il fallait que les autorités de l’État renforcent la production nationale à travers une politique d’investissement », a déclaré M. Savary. En ce sens, il a expliqué, pour stabiliser la monnaie, du moins pour la mettre en valeur face au dollar, l’État n’a pas besoin de légiférer. Car, souligne-t-il, le marché lui-même peut s’en occuper. Puisque le problème est beaucoup plus complexe que l’on ne voit, avance-t-il.

« Pour intervenir sur le marché de l’économie, il a fallu prendre des décisions au préalable qui pourra précéder à cette mesure. Pour réguler le marché de la gourde, il faut d’abord penser à maintenir leur pouvoir d’achat, matérialiser le produit de leur travail, payer ce dont ils ont besoin pour maintenir leur vie par rapport au coût de la vie », a suggéré William Savary. « En fait, au lieu de se concentrer sur quelle monnaie libeller, l’État devrait mener une politique de production, augmenter le crédit et le pouvoir d’achat de la population », poursuit-il.

Reconnaissant la nécessité de libeller la monnaie en gourde permettant à l’État de contrôler la masse monétaire est une bonne chose, selon lui, mais cela ne suffira pas. La Banque centrale comme étant le régulateur ne peut pas prendre des mesures pour contrôler réellement le marché. Les effusions massives, dit-il, de capitaux vers l’étranger où l’État n’a pas vraiment de contrôle constituent un problème. De plus, l’État devrait être en mesure de contrôler la valeur qui est accumulée sur le marché.

Aussi, faut-il que le gouvernement soit en mesure de préserver la valeur des actifs sur le marché qui a une incidence sur l’inflation, explique-t-il.

On ne peut pas avoir une inflation de 15% et un salaire minimum à un taux de croissance qui est de moins de 1% l’an donc on ne peut pas envisager autre chose que la bonne monnaie qui chasse la mauvaise monnaie. Et dans notre cas, la gourde est la mauvaise, poursuit-il. Ajoutant que l’important n’est pas de savoir dans quelle monnaie qu’on va libeller, mais quelle politique menée pour pouvoir contrer son influence sur la monnaie locale.

Marc Sony Pierre

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