MASKARAD : récit d’un voyage merveilleux

De g. à dr. : Huguens Saintil, Marco Saint-Juste,

Macnally Colin, Joel Pierre-Louis et Pierre Lucson Bellegarde

 

Notre avion flirtait avec les ailes du vent, certains passagers roupillaient, la tête pleine de vies et d’images. Quatre jeunes photographes jacméliens font partie de l’équipage, emportant dans leurs bagages, des masques, des photographies et caricatures qui peignaient et reflétaient le génie d’hommes et de femmes méconnus. Des génies d’un autre temps : des faiseurs de miracles.

Le temps d’une brève escale à Fort Lauderdale, nous atterrissions à New Orléans, la cité créole du sud des États- Unis, la terre du jazz originel, « initial », dérivé de la polka et des quadrilles, styles de musique et de danse français des 18 et 19e.

Pendant 23 jours, soit du 4 au 27 février 2018, Macnally Colin, Pierre Lucson Bellegarde, Marco Saint Juste, et moi, Huguens Saintil, allions vendre l’image d’une terre bâtie sur l’imaginaire. Ces quatre jeunes portaient comme une bannière et en bandoulière, une idée, un nom qui en disait long sur une histoire qui a débuté bien au-delà de notre jeune existence : MASKARAD ; qui n’est juste et rien q’un vernissage inter-générationnel, un devoir de mémoire sur l’histoire des Mardis gras de 1900 à nos jours. Siècles qui se sont développés à la faveur des « river boats » (bateaux de plaisance parcourant le Mississippi). Aujourd’hui encore, les multiples bars, honky-tonks, tavernes, clubs et maisons closes de Louisiane sont le foyer de prédilection du jazz : La Nouvelle-Orléans, en anglais : New Orleans.

Regard

En 2014, avec le support de la FOKAL (Fondasyon Konesans ak Libète), du Sénateur d’alors Edwin Zenny, la Matpar, de Ronald Mevs, de Michèle. B Géhy, de Jean Ellie Gilles, de l’Alliance française (de Jacmel et des Gonaïves), de James Lafalaise 7 à 3, nous avions pu offrir au peuple haïtien une ébauche et un pan de notre histoire retracés sur toile et à travers le papier mâché.

Le voyage

Ce voyage se fit sous l’invitation de Cuba Nola Art Collective et du KREW du Carnaval de New Orléans séduits par la richesse culturelle que nous détenons et que le monde entier nous envie. Les étrangers, venus à notre rencontre à l’aéroport, se délectaient déjà des merveilles qu’ils allaient découvrir, rien qu’en nous voyant excités comme des jeunots. Nous étions reçus tels de grands hommes. Vu de loin, cela aurait pu paraître féérique.

MASKARAD

Notre carnaval, notre art, étaient à l’honneur en Louisiane et pendant les deux premières semaines, nous avions exposé nos oeuvres et nos masques au Preservation Hall de New Orléans, nous avions donné dans trois Universités (Xavier University, University of Tulane, University of Loyola) des causeries sur le carnaval, fait des exposés et des discours sur le savoir-faire des artisans et sur la confection des pièces en papier mâché, la passion d’une ville pour une fête culturelle qui a traversé les frontières et fait notre fierté. Des moments de pur bonheur où l’histoire de nos géants, de ceux-là qui ont arpenté nos rues et ruelles, ceux-là qui ont mis la main à la pâte étaient contés en plusieurs actes, en plusieurs séances. Les” Ti nèg tèt grenn” que nous sommes ont accroché le regard de toute l’assistance, ils ont bu tels des disciples ou des fidèles à la coupe de nos tragédies teintés de folie, de drame, on leur a transposé en filigrane nos histoires : miroirs, reflets de tous nos élans porteurs de rêves.

Nos mondes, celui du public et le nôtre, se rejoignaient et l’espace de ces courts instants, nous n’étions plus des nègres éparpillés, mais des hommes unis par quelque chose qu’on avait en commun. Rappelons que le Carnaval de New Orléans s’est tenu cette année du 6 janvier au 13 février 2018. C’est une fête culturelle et authentique, haute en couleurs et en saveurs, le tout au pays légendaire du jazz.

Pendant un peu plus de cinq semaines, La Nouvelle-Orléans – une ville de 343.829 habitants – a triplé de volume, et alla jusqu’à dépasser quotidiennement un million de personnes dans les rues, une foule de festivaliers qui déambulaient et dansaient jour et nuit devant des maisons parées aux couleurs officielles de l’événement : vert – représentant la foi —, violet – symbolisant la justice – et l’or, évoquant le pouvoir.

Le carnaval de Louisiane est une fête religieuse introduite en Louisiane par les premiers colons français, à la fin du 17e siècle. En raison de la colonisation française, qui dura jusqu’en 1803, la Louisiane a conservé une grande proximité avec la culture française. Le premier Mardi-Gras en Louisiane fut organisé en 1699 en l’honneur de René Robert Cavelier de la Salle (1643- 1687), explorateur Français qui baptisa la Louisiane. Aujourd’hui, 80 villes de l’État célèbrent l’événement.

À La Nouvelle-Orléans, les défilés sont organisés par des troupes nommées « Krewes », des équipes dont les plus célèbres se nomment « Krew de Rex », « Krew de Comus », « Krew d’Orpheus », et « Krew de Zulu ».

On était très sollicités, réclamés, les médias s’arrangeaient pour nous avoir à l’antenne dans les meilleures émissions. On a vécu, on a dansé, on a chanté, on a écrit dans le marbre le nom de notre ville créative et on a rendu hommage à la vie, au talent de nos artisans chéri de l’autre côté des mers, ces artistes hors du commun qui contribuent à préserver, perpétuer le rêve jacmélien.

23 jours plus tard, à la veille de notre retour au pays, on pense encore à l´accueil que nous avaient réservé des gens fantastiques. Ces gens-là, un jour, fouleront notre sol et viendront se perdre dans la foule des festivaliers, kleren yo nan tèt yo, des images plein la tête.

Jean Baptiste François

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