L’hostilité envers les Haïtiens dévaste l’économie de Pedernales

« La ville de Pedernales vit la pire crise de son histoire », écrit le journal dominicain Hoy. Les activités économiques sont au point mort dans cette ville suite aux représailles qui ont forcé de nombreux Haïtiens à  rentrer massivement dans leur pays. La fermeture du marché binational depuis le 12 mars occasionne une diminution considérable des échanges commerciaux qui représentent le poumon de l’économie de cette communauté. En outre, plusieurs centaines  personnes ont soudainement perdu leurs emplois le 27 mars avec la cessation des opérations de l’entreprise DM Group Internacional située dans la zone franche de cette ville.

La suspension du personnel de cette entreprise qui opère dans le commerce des vêtements usagés s’explique par une grande baisse des échanges avec Haïti qui représente son principal marché. 607 personnes ont brusquement été dépouillées de leur gagne-pain mais le nombre d’emplois indirects créés par cette entreprise est d’environ 3000.  Désormais au chômage, les employés ont appelé le gouvernement à rouvrir le marché binational pour ne pas « mourir de faim ».

Une économie paralysée

Le maire de Pedernales, Luis  Matos Felix se déclare préoccupé par la récente fermeture de l’entreprise en raison du ralentissement des activités économiques. Il constate que la situation devient très difficile pour ses mandants au point qu’il suggère que  l’état d’urgence soit déclaré. L’édile a, toutefois, informé que son administration a décidé de maintenir la fermeture du marché binational pendant au moins deux semaines de plus. Une mesure de prévention face aux risques d’affrontements, dit-il.

Les difficultés sont constatées dans plusieurs secteurs de l’économie car il n’y a pas que les grandes entreprises à s’en plaindre. Après les incidents violents contre les Haïtiens, les ventes ont diminué de plus de 80% dans le secteur des détaillants, affirme Luis Osiris Martinez, le représentant d’une association de commerçants, cité par le journal Hoy. Décrivant une économie moribonde, M. Martinez a appelé le gouvernement de son pays à intervenir en urgence, expliquant que Pedernales vit essentiellement des échanges commerciaux et de la main d’œuvre des migrants.

Les marchandises des dominicains sont beaucoup moins demandées désormais, déclare une commerçante.  « Ils consomment nos produits et nous achetons aussi d’eux », a-t-elle ajouté en comparant les dominicains et les Haïtiens comme des frères inséparables.

La frontière reste militarisée

Le gouvernement dominicain poursuit sa politique de renforcement de la surveillance frontalière. Le nouveau  plan est entré en vigueur peu après l’annonce faite en ce sens par le président Danilo Medina. On assiste à une vraie militarisation de la frontière.

Outre les soldats qui assurent la garde, des hélicoptères survolent l’espace frontalier. Un plan spécial a été présenté pour la zone Pedernales/ Anse à Pitres  par le ministre de la défense, Ruben Dario Paulino Sem lors d’une rencontre avec des autorités locales.

Les persécutions contre les Haïtiens ont débuté suite à l’assassinat de deux dominicains Neida Urbaez et Julio Reyes Perez. Vu que le principal suspect du double meurtre est de nationalité haïtienne, des habitants de Pedernales ont juré de chasser toute la communauté haïtienne de leur ville. Quoique les sources officielles nient que des personnes aient été tuées, des témoignages recueillis à Anse à Pitres font  croire qu’en plus des maisons incendiées, plusieurs décès auraient été enregistrés au cours des violences. Des personnalités de la société haïtienne appellent les autorités à ouvrir une enquête.

Kendi Zidor

 

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