Les records d’inégalité en Amérique Latine et dans les Caraïbes

Dans son deuxième rapport présenté, le jeudi 22 mars 2018, à l’hôtel le Plaza, Champ- de- Mars, l’organisation Christian Aid a montré les niveaux d’inégalité en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Selon ce rapport, ces inégalités sont enregistrées à des niveaux record et font de la zone la région la plus inégale du monde.

En 2012, l’organisation Christian Aïd a publié son premier rapport sur l’Amérique latine et les Caraïbes intitulé « Le Scandale de l’Inégalité en Amérique Latine et dans les Caraïbes ». Ce rapport a montré, de toute évidence, les difficultés de toutes sortes auxquelles est confrontée la région. Ces difficultés ont engendré des inégalités. Peu de temps après ce rapport, l’organisation a constaté que la situation sociale des habitants de la zone s’aggrave. Certaines gens ont risqué de retomber dans la pauvreté et d’autres sont exposés à des conditions anormales de vie. « Bien que l’inégalité ne soit plus une affaire d’Amérique Latine et des Caraïbes, il ne fait aucun doute que c’est la région la plus inégalitaire au monde », a précisé Dr Rowan William, le président de l’organisation. Voulant attirer l’attention du monde sur la situation  de la région, l’organisation Christian Aïd a produit un deuxième rapport sur l’Amérique latine et les Caraïbes, « Le Scandale d’Inégalité 2 : les multiples faces d’inégalité en Amérique Latine et dans les Caraïbes ». Ce document présente le niveau élevé des inégalités dans la région comportant celles du genre, de sexe, de race, d’ethnicité, de foi, de condition économique et de zone géographique.

Inégalités basées sur la race et l’identité

De par son passé, la région Amérique latine et caribéenne est diversifiée en termes d’ethnie. Suivant le document, il y a au moins 44,8 millions d’indigènes et 150 millions d’Afro dans la zone. Ce qui représente 30 % de la population régionale. Environ 420 langues autochtones sont parlées dans la zone. Certains pays comme la République dominicaine, le Brésil, le Venezuela ont la majorité de la population noire. Ces groupes ethniques sont victimes du racisme, des abus, de violences, de politiques socioéconomiques et de discriminations. Comparativement aux autres groupes de la société, la population indigène et afro sont les plus pauvres. Elle n’a pas accès aux services sociaux. Elle rencontre des problèmes fonciers dus à des refus de les accepter culturellement.

Plus près de nous en République dominicaine, en dépit des contributions d’Haïti à l’économie dominicaine en pleine croissance, les immigrants hhhHHHHHaïtiens et leurs descendants représentent les plus pauvres des pauvres. Ils sont traités inégalement, souffrent de racisme et de discrimination généralisés en raison de leur pays d’origine et de la couleur de leur peau.

En effet, selon le rapport, il y a une forte lutte inégale entre les élites politiques et économiques blanches privilégiées et les populations pauvres, isolées, indigènes ou afro-descendantes, souvent considérées comme « inférieures » et comme une classe paysanne marginalisée.

 Inégalités politico-économiques

L’abus de pouvoir dans la région a conduit à une vague de corruption. La population ne fait pas confiance aux hommes politiques. Comme preuve, les gens ont voté pour un comédien au Guatemala, Jimmy Morales. « S’il est vrai que l’argent achète le pouvoir, en Amérique latine et dans les Caraïbes, des structures de pouvoir inégales préexistantes donnent lieu à des résultats socio-économiques très inégaux. Le rôle et l’influence de l’élite, à la fois économique et politique ont, pendant des siècles, exacerbé un déséquilibre dans les structures de gouvernance, ce qui a conduit à une inégalité accrue et à un conflit social plus important. Cela a été aggravé par l’influence croissante des entreprises multinationales sur les gouvernements de la région et leurs effets sur la prise de décision dans ces pays », peut-on lire dans le document.

Selon l’organisation, l’inégalité dans la région est au-delà de la richesse et est profondément ancrée dans des structures de pouvoir inégales qui détient le pouvoir et qui en exclut d’autres. Les pays ayant les taux de pauvreté les plus élevés sont aussi les sociétés les plus polarisées de la région, à la fois politiquement et économiquement. L’instabilité politique est alimentée par des niveaux d’inégalité de revenus extrêmement élevés, et les élites continuent d’opposer une forte résistance aux changements structurels nécessaires pour lutter contre l’inégalité.

Records de violence

La violence, présent activement en Amérique latine et les Caraïbes, est l’une des principales préoccupations de la région et constitue un obstacle majeur au développement. D’après les données du rapport, l’Amérique latine a les taux d’homicide les plus élevés au monde. Un tiers des personnes tuées intentionnellement est tuée en Amérique latine selon les approximations, même si seulement 8 % de la population mondiale y vit. Environ 25 % de tous les homicides ont lieu dans seulement quatre pays de la région : le Brésil, la Colombie, le Mexique et le Venezuela. Sur les 50 villes les plus violentes de la liste, 41 sont situées en Amérique latine, dont 21 au Brésil.

Haïti et la République dominicaine ont des niveaux de criminalité critiques et de violence sexuelle, et sont également des pays de trafic de drogue. Il y a de la violence en cours en République dominicaine contre les immigrants haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne. Selon ONU-Femmes, la Bolivie a le taux le plus élevé de violence physique contre les femmes en Amérique latine et le deuxième est Haïti en ce qui concerne la violence sexuelle.

La Colombie se remet récemment d’un conflit armé interne qui a duré plus de 50 ans, faisant 8 millions de victimes, qui ont été tuées, blessées, déplacées, qui ont disparu ou survécues à des violences sexuelles. « La Colombie est l’endroit le plus dangereux au monde pour être journaliste ou défenseur des droits de l’homme », a-t-on précisé dans le document. Aussi,  a-t-on ajouté : « au Salvador et au Honduras, les défenseurs des droits des femmes sont particulièrement persécutés ».

Problème fiscal et inégalité dans le travail

Globalement, il est écrit dans le rapport que l’Amérique latine est l’une des régions les plus pauvres en termes de collecte de l’impôt, avec une moyenne de 21,7% du PIB en dessous de l’Afrique subsaharienne, des États-Unis, de l’UE et de l’OCDE. Ces pertes sont dues à des évasions et paradis fiscaux. « L’évasion fiscale continue d’être une question clé dans la perte de recettes fiscales dans la région. On estime qu’en 2014, l’équivalent de 2,2 points de PIB a été perdu en raison du non-respect de la taxe d’exploitation et de 4,1 points de PIB dans le cas de l’impôt sur le revenu, soit un total de 320 milliards de dollars », a affirmé l’organisation. Elle a également souligné les énormes sommes d’argent cachées dans les paradis fiscaux révélées par l’affaire de Panama Papers, en 2016. Par exemple, en Colombie, le Panama Papers a fait remarquer que les paradis fiscaux sont estimés à 100 000 millions de dollars.

Aux dires du rapport, la majorité des travailleurs dans la zone sont des hommes. Les femmes sont soumises à des conditions de travail pire que les hommes. En moyenne, les femmes gagnent 22 % de moins que les hommes et sont plus susceptibles d’occuper un emploi temporaire, mal rémunéré et fragile, sans avantages sociaux tels que le congé de maternité.

À noter que le Chritian Aid est une organisation britannique fondée après la Deuxième Guerre mondiale. Elle est présente en Amérique latine et dans les Caraïbes. Elle est représentée avec cinq programmes dans neuf pays. En Haïti, elle est établie depuis 1980.

Woovins St Phard

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