Le féminisme, à travers quelques âges

Depuis l’époque de la Préciosité

Le mouvement de la préciosité jouait au 17e siècle, un grand rôle dans la lutte pour la valorisation de la femme dans la société.

Des femmes comme Catherine de Vivonne, Madeleine de Scudéry, Mme de Lafayette, Mme de Rambouillet…., ont beaucoup insisté sur la capacité intellectuelle des femmes, pareilles, selon elles, à celle des hommes. Les romans de ces précieuses ridicules étaient considérés, par nombre de jeunes filles de l’époque, comme livres de chevet.

Ce combat de valorisation sociopolitique et culturelle ou intellectuelle de la femme a atteint un très haut niveau de maturité avec des militantes comme Simone de Beauvoir, véritable figure emblématique du mouvement féministe, à travers le monde.

Cette célèbre féministe française avait presque le même point de vue que les précieuses ridicules par rapport à la manière dont elle a abordé l’être-femme. Pour Simone, être femme est un processus. C’est-à-dire, une femme n’est pas ce qu’elle est uniquement par sa physionomie ou sa nature en tant qu’être vivant, doté d’une structure corporelle. Être femme (achevée) dépend donc, selon elle, d’une démarche éducationnelle qui lui permet de se reconstruire en tant qu’être pensant et selon ses propres désirs ; tel est d’ailleurs, le sens profond de sa formulation : « On ne naît pas femme, on le devient ».

Ainsi, ne suffit-il pas d’après la philosophe-féministe, de se préoccuper seulement de l’égalité homme-femme dans la société comme si cette recherche d’égalité est considérée comme l’unique souci du combat féministe dont les revendications essentielles s’assoient non seulement sur l’émancipation de la femme et son intégration à part entière au corps social, mais aussi sur son éducation et sa formation.

Il est clair que pour Simone de Beauvais l’analyse de la personne d’une femme doit être faite en tenant compte surtout de son caractère, sa dimension intellectuelle, sa capacité de penser, son aptitude dans l’agir humain… et non en se basant simplement sur ses attraits physiques. Autrement dit, sa grandeur réside particulièrement dans son être et non dans son paraître ; dans son « état d’âme » et non dans son « état d’être ».

Depuis la première moitié du 20e siècle, en Haïti

L’histoire du féminisme haïtien semble débuter le 3 mars 1934 avec la création de la Ligue féminine d’action sociale. C’est la première association de femmes, créée par des militantes dans l’idée d’exprimer leur désaccord vis-à-vis de la mauvaise situation sociopolitique de leur pays, émanée, entre autres, de l’occupation américaine qui leur laisse un goût désagréable, humiliant et honteux en tant que peuple indépendant et initiateur de l’abolition de l’esclavage partout dans le monde.

Ces pionnières du mouvement féministe haïtien ont pris leur initiative afin de réclamer leur part dans la vie politique de leur pays. Mais, c’est un projet, malheureusement, étouffé dans l’oeuf à cause de l’attitude conservatrice et machiste des dirigeants (de l’époque) qui se voient menacée par cette nouvelle pratique de revendication féminine ou féministe.

Il est inutile de mentionner que leur lutte, quoique juste et fondamentale, n’a eu aucunement, droit de cité, sous le régime dictatorial de François Duvalier, dit papa doc et son successeur Jean-Claude Duvalier, alias baby doc.

Depuis le départ de ce dernier jusqu’à nos jours, d’autres combattantes très dévouées comme, Ginette Chérubin, Danièle Magloire, Denyse Côté, Sabine Lamour, Yolette Mengual, Dieuvela Étienne, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, Darline Gilles… ont heureusement, repris le flambeau pour la continuité du combat visant l’intégration réelle de la femme haïtienne dans notre société machiste. Elles s’engagent, presque sans supports, dans une bataille si nécessaire et si compliquée, contre toute forme de discrimination sociale et politique, toute forme de violence physique et mentale.

Face à ce combat noble, mené courageusement, par nos concitoyennes, de valeureuses femmes de culture qui se tuent pour une meilleure condition de vie de toutes les femmes, dans notre société, quelle doit être donc notre attitude, nous, les hommes haïtiens ? S’il est vrai que leurs démarches peuvent aboutir à un véritable équilibre social, l’État, en tant qu’autorité suprême ayant pour mission de garantir, à tous les niveaux, le bien-être de toute la population haïtienne, n’a-t-il pas un rôle prépondérant à jouer absolument dans ce combat légitime ? Quant aux leaders féministes, ne devraient-ils pas repenser ce mouvement, en s’accentuant sur de nouvelles stratégies, de nouveaux plans d’action et des projets plus ambitieux, afin d’atteindre effectivement leur but visé étant le respect total de leurs droits dans la société ?

Jean Joseph Philosophe

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