L’artisanat : un carrefour incontournable dans l’économie de la culture

Dans la géographie économique haïtienne, il n’y a pas un seul département à ne pas disposer des artisans qui se proposent de transformer un certain nombre d’intrants, issus de la flore et de la faune locale, ou dérivée des produits importés ou des objets recyclés qui vont devenir de véritables objets d’art, des pièces d’artisanat ou des objets utilitaires, esthétiquement attractifs tant pour les consommateurs locaux que pour les touristes étrangers qui séjournent dans le pays.

La démarcation entre l’art et l’artisanat pour une meilleure classification des prix !

Avant même d’entrer dans l’univers de l’artisanat haïtien, il est plus qu’important de préciser les limites de l’art par rapport à l’artisanat. Un objet d’art est le plus souvent unique et original, même si avant le temps, certains artistes ou créateurs autorisaient la reproduction de l’oeuvre originale en des copies limitées et souvent numérotées.

Tandis que l’artisanat s’impose comme une production en série d’une oeuvre en dizaines, centaines et milliers d’exemplaires comme cela se fait dans l’industrie. La différence entre l’art et l’artisanat réside certainement au niveau des prix. Une oeuvre d’art coûte souvent et depuis toujours plus cher qu’une oeuvre d’artisanat qui est destinée à un plus grand nombre de publics disposant peu de moyens.

La responsabilisation des régulateurs pour mieux accompagner les promoteurs !

Ceci dit, il nous faut avant toute chose définir les limites entre le statut de l’artiste et celui de l’artisan haïtien. Quand est-ce qu’on parle d’art ou d’artisanat dans ce pays ? Où trouver les oeuvres d’arts ou d’artisanat ?

En dehors des actions menées par le ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), à travers l’Office national de l’artisanat, le pays ne dispose pas d’un cadre réglementaire pour le fonctionnement moderne du secteur de l’artisanat en Haïti.

Les efforts consentis par l’Institut de recherche et de promotion de l’art haïtien (IRPAH), l’Artisanat en fête pour promouvoir l’artisanat haïtien ne suffisent pas pour définir le véritable levier du développement dans ce secteur. En dehors de l’organisation de la grande foire d’Artisanat en Fête qui sert de véritable vitrine d’exposition, de vente et de valorisation pour ces centaines de créateurs haïtiens utilisant toutes les techniques possibles et une diversité de médium pour transformer des supports ordinaires, il y a nécessité pour que d’autres acteurs s’investissent dans ce secteur.

Pour compléter les autres maillons manquants dans la chaine de développement de l’artisanat haïtien, l’État devrait pouvoir faire appel ou encourager des institutions impliquées dans le financement, la formation, les éditions, le tourisme, les sciences sociales, les enquêtes, le marketing et l’étude des matériaux pour aider nos courageux artisans à mieux utiliser leurs talents dans une nouvelle dynamique beaucoup plus efficace, rentable et durable.

Les cinq « E » pour sauver l’artisanat haïtien !

Après plus de vingt ans de recherche et d’observation dans le secteur de l’artisanat en Haïti, nous sommes arrivés à la conclusion que la solution aux problèmes de ce secteur passe par la stratégie des cinq « E ». Loin de réveiller le fameux programme de l’administration Martelly/ Lamothe entre 2012 et 2014, nous sommes plus que convaincus, pour satisfaire les attentes et besoins de nos valeureux producteurs de ces biens et produits culturels, il faudra combiner de manière intelligente les principaux concepts et paramètres suivants : l’éducation, l’économie, l’environnement, l’entrepreneuriat et les études/enquêtes autour des filières.

Sur la base que nous devons prendre en compte en premier lieu la satisfaction de la clientèle (locale et étrangère, commerçants et exportateurs) qui consomme ou achètent les produits artisanaux « made in Haïti », cela nous porte à interpeller les acteurs du système éducatif en Haïti pour nous questionner sur le rôle, la place et l’importance de l’art, de l’artisanat et de la créativité dans la construction de la personnalité et des goûts des enfants haïtiens qui, à l’avenir, disposeront des pouvoirs d’achat pour choisir entre une oeuvre d’artisanat réalisée en Haïti et un produit décoratif importé.

L’éducation, l’économie et l’environnement pour mieux encadrer les entrepreneurs artisans !

De l’éducation artistique et esthétique de l’enfant, du jeunes et des familles qui portera ces derniers à faire l’acquisition à chaque occasion des produits locaux dans leurs diversités techniques et suivant leurs origines, en fonction du principe élémentaire en économie autour de l’offre et de la demande, on serait étonné de voir augmenter de manière significative la production dans ce secteur, ce qui implique dans une certaine mesure la rentabilité et la compétition entre les artisans et les ateliers de production des oeuvres utilitaires et esthétiques dans le pays.

Quel serait le rôle de l’École nationale des Arts (Enarts) dans la formation initiale et continue des artisans haïtiens ? Quels sont les ambassades et les consulats d’Haïti dans le monde les mieux décorés avec des pièces d’artisanat haïtien de qualité ? Quelles sont les banques et les coopératives qui financent le secteur de l’artisanat en Haïti ?

Les enquêtes sont incontournables pour évaluer les acteurs, leurs besoins et les actions… !

Avec une croissance assurée dans l’économie de la culture autour de l’artisanat en Haïti, ce qui implique une augmentation dans la demande d’intrant et des supports de base pour produire les oeuvres, on serait obligé d’aborder dans une démarche plus responsable, la problématique de l’écologie, de l’environnement qui le plus souvent nous fournie les intrants comme la pite, les bambous et les bois pour produire les paniers, les meubles, les statues et les accessoires de toutes sortes, ou encore la faune qui nous approvisionne à partir des cornes, des peaux et d’autres parties recoupées des restes de nos animaux abattus.

De l’éducation à l’économie, en passant par l’environnement, l’éducation à l’entrepreneuriat devrait permettre à nos créateurs de sortir de certaines bulles ou pour inscrire dans leurs comportements un certain nombre de valeurs essentielles dans les relations de confiance qui doivent être établies entre le vendeur et la clientèle. Il est grand temps d’apprendre aux artisans haïtiens à devenir de véritables entrepreneurs intègres pour se détacher de certains réflexes manipulateurs soit dans la production des oeuvres de qualité soit dans la fixation des prix qui ne doivent pas varier suivant le statut social ou l’apparence des clients, souvent considérés comme une proie.

La chaine des opérations avant l’identification des ateliers à prioriser dans le financement !

Autant de défis à relever pour sortir l’artisanat haïtien dans l’illusion d’une certaine rentabilité saisonnière. Voilà pourquoi il nous faut des données fiables pour rationaliser les prochaines décisions dans ce secteur. Cette actualisation de ces données pour les plus pertinentes passe obligatoirement par des études scientifiques et des enquêtes sur le terrain. Seule une radiographie du secteur de l’artisanat en Haïti nous aidera à identifier l’ensemble des pôles de production, les principales institutions et les personnalités impliquées dans la chaine des opérations dans ce secteur.

De la conception à la production, de l’approvisionnement des matériaux, des matériels et des équipements, en passant par le transport, la présentation des produits dans les vitrines, la promotion, la diffusion, les délais de livraison, la négociation des tarifs et des critères comparés et l’évaluation de la qualité (standard) des produits sont autant de maillons qui exigent des professionnels formés et qualifiés, des responsables et respectueux des consignes et des règlements qui définissent le fonctionnement du secteur.

À quand remontent les derniers questionnements sur l’économie et la culture au parlement haïtien ? En dehors du financement du carnaval, du rara et des fêtes patronales, quelles sont les attentes des rares associations d’artisans haïtiens envers le parlement, la Direction générale des impôts (DGI), des douanes et des médias ? Combien d’artisans qualifiés de la République d’Haïti exportent leurs produits vers le Chili, les États-Unis, le Brésil et la République dominicaine dans la grande vague migratoire de 2010 à nos jours ?

Dominique Domerçant

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