L’art haïtien vu par nos femmes !

Michèle Gardère Frisch./Photo : facebook de Michèle Gardère Frisch.

 

En cette saison de célébration des droits et de la contribution des femmes dans le monde, en particulier en Haïti, dans la liste des activités à revisiter, on peut retenir la dernière exposition des oeuvres d’art plastiques de femmes haïtiennes réalisées au Musée du panthéon national haïtien (MUPANHA) en 2012. Six ans déjà, coup d’oeil sur cette palette de femmes créatrices de rêves.

Dans le contexte culturel haïtien, on comprend combien il est important de leur rendre hommage quand on sait fort bien ce qu’il en coûte à une femme d’Haïti de choisir cette voie, de créer malgré les entraves idéologiques, matérielles et culturelles, sont les premiers mots de Mme Michèle Gardère Frisch, qui fait office de conservatrice et de commissaire de cette exposition.

À travers cette exposition, la magie caribéenne et l’univers mythique de l’art haïtien se sont visiblement imposés, tout en représentant certaines factures et certains fragments des courants artistiques classiques tels le cubisme et le surréalisme, nous rapporte le catalogue de cette exposition qui souligne : « Le MUPANAH veut honorer les femmes les plus représentatives, celles au talent déjà confirmé et celles qui sur la trace de leurs ainées laissent déjà pressentir un bel avenir. L’ensemble des oeuvres comporte un regard rétrospectif où la volonté de raconter est clairement exprimée ».

Dynamisme constant et transversal de la femme haïtienne !

Mme Frisch poursuit en ces termes : « En Haïti, les femmes dominent l’organisation de la vie quotidienne : véritable chef de foyer, responsable de l’éducation, de l’équilibre matériel, moral et affectif de la famille, meneuse de l’économie informelle, chefs d’entreprise, professionnelle, elles participent et s’engagent d’une manière croissante au sein de la politique comme de véritables actrices de la vie sociale et culturelle ».

Pour illustrer ces propos élogieux inscrits dans le catalogue de cette exposition sur l’histoire de l’art et la créativité au féminin pluriel, le public pouvait contempler les oeuvres des artistes, exclusivement des femmes d’origine haïtienne telles : Luce Turnier, Rose Marie Desruisseaux, Hilda Williams, Tamara Baussan, Andrée Naudé, Marie Josée Nadal, Michèle Manuel.

De jeunes artistes comme Daphnée Meyer et Annick Duvivier se sont croisées dans les couloirs du musée avec d’autres artistes d’origine modeste comme Louisiane Saint- Fleurant et Louisiane Lubin qui figuraient dans cette exposition d’une durée d’un mois.

Des générations de femmes artistes dans une même palette !

Plusieurs autres figures importantes et imposantes ont également été retenues dans cette grande célébration de l’art haïtien à travers la peinture, la photographie et la sculpture. Sergine André, Rachèle Castera, Sabrina Chauvet, Mikaëlle Lafontant, Geneviève Lahens (Iris), Marie-Louis Fouchard, Françoise Jean, Marie Louise Laroche Gardère, Élisabeth Martinau, Huguette Mevs.

« Ces femmes ont marqué le développement de l’art haïtien de façon considérable et nous offrent généreusement une lecture au féminin de la peinture et de la sculpture de chez nous. La modernité haïtienne se manifeste sous différentes formes à travers le regard de ces femmes. Regards qui, par leurs sensibilités naturelles, offrent des oeuvres profondes, denses et d’une solide maitrise gardant en elles les éléments fondamentaux de notre culture », nous a rapporté l’ancienne élève de Jean Glaude Garoute dit « Tiga ».

Gizou Fortuné Lamothe, Edith Lataillade, Marie-Thérèse Dupoux, Odile Latortue, Aliciane Magloire, Denise Mangonèse, Magda Magloire, Michèle Manuel, Pascal Monnin, Lissa Jeannot Talleyrand ne sont pas passées inaperçues dans cette grande aventure artistique combinant féminité et créativité.

Des collections entrecroisées !

Des oeuvres issues de nombreuses collections privées et publiques appartenant notamment au Palais national, au MUPANAH, au musée d’Art haïtien du Collège Saint- Pierre, aux Ateliers Jérôme, à la galerie Monnin, à la galerie Marassa et à de nombreuses personnalités telles la famille Jean Max Chauvet, Mme Sabrina Chauvet, M. Claude Martin, messieurs Peter et Wilhem Frisch, Mme Elsa Baussan Noël, Mme Mireille Acra et l’artiste exposant Marie José Nadal.

Sachant combien les responsables du MUPANAH sont limités dans leur objectif de proposition d’une exposition d’envergure avec une facture à la fois qualitative et quantitative, des noms des artistes plasticiennes comme Barbara Prézeau, Dandine Murat et de plusieurs autres têtes contemporaines, dont des anciennes de l’École nationale des arts (Enarts). On pourrait aussi retenir des femmes artistes évoluant dans les autres villes de province telles Pascal Faublas (Jacmel) et Garlène Dupoux (Jérémie), sans oublier les autres villes et la diaspora.

De la radiographie sociale et sociologie de l’art en Haïti !

Une exposition réalisée qui remonte déjà à six ans. Cette collection riche en couleurs nous avait offert certainement la possibilité, à l’époque, d’observer une certaine radiographie de la sociologie de l’art en Haïti. Entre les origines sociales, le statut, le niveau d’éducation et les influences esthétiques des femmes évoluant dans les arts plastiques en Haïti, au cours des cinquante dernières années.

Une belle palette pour valoriser la diversité et la richesse de notre culture. Six ans plus tard, nous sommes convaincus que les femmes dans les diverses couches sociales du pays sont de moins en moins intéressées à s’initier et à se lancer dans le domaine des arts plastiques comme dans les filières de la peinture, de la photographie et de la sculpture, en dehors des productions d’artisanat et dans la mode. À la fois un défi et un pari. Il était une fois, la dernière exposition des oeuvres des artistes femmes haïtiennes au Musée du panthéon national d’Haïti (MUPANHA).

Dominique Domerçant

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