La migration haïtienne vers l’Amérique latine

La migration vers les pays les pays du Sud peut être tout aussi bien une catastrophe qu’ une opportunité selon Carline Legros ex résidente de ces pays responsable de la chaire “introduction à la culture, la littérature hispanique et les civilisations latino-américaines’’ à l’Université, Quisqueya

MAT : Vous avez vécu d’assez longues années en AL, à votre retour, vous avez été responsable de dossiers relatifs a la coopération avec ces pays voisins et promu des échanges culturels entre nous et eux. En tant que familière de ce milieu, C’est un plaisir de converser avec vous sur votre expérience dans la région et de connaître votre opinion sur ce grand mouvement migratoire haïtien vers ces pays.

CL : j’ai vécu 10 années, ai étudié dans deux pays phares du sous continent. Les plus grandes économies de la région, comme l’Argentine, le Mexique, le Brésil, le Chili, ces pays émergents, constituent des pôles d’attraction pour les pays voisins moins avances donc ils sont des pays d’accueil et dans de telles sociétés on côtoie diverses nationalités qui y viennent travailler, étudier ou encore comme exiles politiques. Dans ces microcosmes on acquiert une connaissance de l’ensemble de la région en fraternisant avec toutes ces cultures.

MAT : Comment aprehender le fait que des milliers de nos compatriotes se déversent au Brésil puis au Chili et en Argentine ?

Cela peut être un ‘’ mal ‘’pour un ‘’bien’’ ou encore je pourrais dire, en utilisant ce proverbe connu :’’ À quelque chose malheur peut être bon’’, moyennant la mise en application rapide d’un train de mesures migratoires pertinentes.

MAT : Voulez vous élaborer ?

CL : Le mal : le cote négatif de ce fait, c’est le caractère massif, rapide et incontrôlé de cette vague migratoire qui laisse une impression de désespoir, de fin du monde, bref le pays est vu et perçu comme un territoire invivable pour ses habitants. Ceci démoralise ceux de l’intérieur et de l’extérieur cela constitue une très mauvaise publicité pour le pays. Il y a aussi la fuite des ressources humaines qualifiées, la fuite de la catégorie la plus importante de la société, les jeunes. Perte de ressources financières du au cout des déplacements par individus et, il y a egalement les risques qu’encourent les ressortissants haïtiens en envahissant de cette manière l’espace des sud-américains car il y a de sérieuses différences d’ordre sociologique, ethnologique entre les deux groupes.

Si rien n’est fait pour contrôler la situation, les limites d’absorption des pays d’accueil vont se faire sentir de la manière la plus regrettable pour les Haïtiens. Des faits isoles de meurtres, de conflits interpersonnels sont déjà enregistres.

Il faut éviter certaines situations. Par exemple : Qu’il y ait trop de ressortissants en situation d’illégalité car, ils seront victimes de toutes sortes de chantages et de rapatriements arbitraires ;

des chocs culturels répétés du fait de différences au niveau des langues parlées, des moeurs, des niveaux d’éducation formelle bien plus élevé dans les pays d’accueil comme le Chili et l’Argentine, et des milieux sociaux, ces pays étant fortement urbanises ; Il ne faut pas oublier que la grande majorité des ressortissants haïtiens sont d’origine rurale récente, ils ont des reflexes plutôt communautaires, l’entraide par exemple est de mise même dans les bas quartiers de Port-au-Prince ou des grandes villes du pays sinon ils ne tiendraient pas dans cette vie précaire d’Haïti. Cette façon de compter sur le voisin quand on n’ en n’ a pas pour manger, pour un besoin élémentaire quelconque, peut créer des conflits énormes entre les compatriotes et des argentins ou des chiliens habitues a une certaine autosuffisance de la famille nucléaire. Nous touchons physiquement l’autre quand nous parlons. Les haïtiens disperses peuvent être victimes de racisme. Car vu leurs conditions, ils ne sont pas insérés dans les milieux sociaux les mieux éduqués et donc plus tolérants. Le Cône Sud particulièrement n’est pas un lieu habituel d’accueil pour les noirs. La preuve, ils sont une infime minorité dans le région. Et leur histoire en Argentine par exemple est assez triste. En Uruguay a l’époque ou je vivais là-bas, ils ne représentaient que 4% de la population et on dirait qu’il n’existait pas tant ils étaient relegues aux arrieres plans de cette société ;

Que les capacités d’absorption de la main d’oeuvre haïtienne bien que meilleure marche soit nettement dépassées par le niveau de l’offre; que les intérêts des classes travailleuses des pays d’accueil entrent en conflit avec ceux de nos compatriotes. Je vous signale en passant que les pays du sud abritent des descendants de l’Allemagne nazie ; Face aux dérives qui auront lieu, les opinions publiques d’Haïti et celles des pays d’accueil entreront en collusion et la détérioration des relations intergouvernementales s’ensuivra .

Nous tirons la sonnette d’alarmes, Le gouvernement haïtien doit se montrer responsable aussi bien a l’égard des pays d’accueil que des ressortissants haïtiens en prenant l’initiative de créer un cadre légal et de vigilance avec les représentants de ces pays pour protéger les droits sociaux et élémentaires des Haïtiens et haïtiennes et pour contrôler les flux a venir. Nous n’avons pas le droit de rééditer la situation Haïtiano- dominicaine. Nous devons être capables de tirer les leçons de nos erreurs. Il n’est pas trop tard.

MAT : Et le bien que vous avez mentionnez où est-il dans cette situation inquiétante et qui s’annonce catastrophique ?

CL : le fait migratoire haïtien en Amérique Latine peut aussi être considéré comme une opportunité qui est celle de porter l’État haïtien a sortir des sentiers battus de la coopération traditionnelle avec le grand nord, avec les anciennes métropoles et les super puissances pour ouvrir d’autres voix dans le sud. Ce qui lui permettra, grâce à cette diversification des lieux d’échanges commerciaux et de l’assistance technique, de réduire sa dépendance, et de rendre plus plausible un certain développement du pays. (À suivre).

Marie Alice Théard

 (IWA / AICA)

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