Kettly Mars et Melissa Béralus au Centre Anne-Marie Morisset

Kettly Mars et Melissa Béralus.

 

En prélude de la journée internationale des droits de la femme, le 8 mars prochain, le Centre culturel Anne-Marie Morisset dans le cadre de ses Vendredis littéraires a organisé dans la soirée du 2 mars 2018 une causerie avec les écrivaines Kettly Mars et Mélissa Béralus autour du thème : « femme, écriture et féminité. » Il s’agissait pour ces deux auteures de dégager à travers leurs interventions leurs rapports avec la littérature.

L’auteure des romans : « Fado » et « Kasale », Kettly Mars fut la première à prendre la parole pour expliquer à l’auditoire sa passion pour l’écriture, son rapport avec l’autre et l’univers qu’elle a su créer pendant plus de vingt-cinq ans quand elle est devant sa page blanche ou devant l’écran de son ordinateur. « Écrire, pour moi, c’est prendre des engagements. C’est aussi prendre des positions. C’est pourquoi quand j’écris, je prends des positions. Je cherche d’autres univers, pousser aussi loin que possible mes audaces et arpenter des lieux inconnus », a-t-elle affirmé.

Plus loin, Kettly Mars a formulé des interrogations pertinentes. Elle s’est en même temps jetée dans une sorte d’introspection, en essayant d’analyser pour le public qui l’écoutait avec attention sa posture d’écrivain. « Quand j’écris, il m’arrive souvent d’oublier qui je suis. Parfois et même souvent je ne me rappelle même pas que c’est une femme qui écrit. Est-ce l’écriture qui a une grande emprise sur moi ? Je crois que l’écriture m’a accordé une liberté totale par rapport à une série de contraintes liées à mon environnement, ma physiologie. Est-ce qu’il y a une écriture masculine ou une écriture féminine ? Je pense que c’est un débat qui est aussi vieux que l’écriture. Et pour moi, personnellement, ce débat n’est pas trop intéressant. Ce qui est intéressant, c’est la contribution des femmes dans le domaine littéraire. En quoi les femmes auteures à travers leurs oeuvres peuvent-elles contribuer à l’émancipation de la société ? Qu’est-ce que je peux apporter en tant que femme auteure ? Il ne faut pas avoir des difficultés pour assumer sa féminité. D’ailleurs, les femmes représentent la moitié de l’humanité.

Admiratrice de Marie Vieux Chauvet en raison de l’engagement et des causes que l’auteure de : «Fonds des nègres» défendait, Kettly Mars, lors de son intervention, a lu un extrait de son dernier roman : “L’ange du patriarche”. Puis, de confidence en confidence, elle s’est elle-même définie comme un être vivant. Un être humain qui a beaucoup de potentiels et qui a souligné avec force que les femmes auteures haïtiennes occupent depuis quelque temps, et cela avec beaucoup de forces et d’aménités la scène littéraire non seulement en Haïti, mais à travers le monde. Ma génération et celle qui avait existé avant nous ont toujours lutté pour faire passer à travers l’écriture notre conception du monde, notre vision des choses. Ce qui nous a permis d’aborder les différents problèmes auxquels la société fait face.

Pour Mélissa Béralus, l’auteure du texte : «A la rive la vi», il faut toujours se poser cette question : quel lieu où j’écris ? Membre de l’atelier Jeudi soir, Mélissa Béralus a non seulement partagé les avis de Kettly Mars, mais a aussi souligné que lorsqu’un auteur écrit, il n’écrit pas seulement avec lui-même. L’écrivain rédige avec son vécu. Il écrit surtout avec tout ce monde qui évolue tout autour de lui. Pour cette jeune auteure, la littérature est une arme de combat. Elle a été fort souvent utilisée par les écrivains. “Quand elle écrit, elle ne se demande pas si c’est une femme qui écrit ou non”, s’est-elle demandé. Prenant à titre d’exemple le roman : «L’heure hybride» de Kettly Mars, elle s’est aussi posé la question : “Est-ce qu’on peut vivre sa sexualité en Haïti ?”

Au cours de cette soirée, le chanteur Wooly Saint Louis Jean accompagné de sa guitare a interprété des chansons de son répertoire. Il a chanté pour le bonheur de l’assistance les poèmes de Lyonel Trouillot et Kettly Mars qu’il a mis en musique.

Schultz Laurent Junior

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