« Galère en autobus », regard sur le transport en commun en Haïti

Couverture du livre.

 

L’écrivain et journaliste Claude Bernard Sérant, avec son livre jeunesse « Galère en autobus », offre en terme de production destinée aux jeunes une oeuvre qui possède à la fois une forte charge émotive et éducative. Ce « regard sur le transport en commun en Haïti », comme il le signale en sous-titre, est une invitation au spectacle offert en autobus en plein jour, dans un pays où le secteur du transport n’est pas encore au beau fixe.

Quatre-vingt-dix pages exactement pour dire les péripéties du passager en transport en commun en Haïti. L’auteur présente une série de « tableaux vivants, cocasses, à la fois imaginés et chargés de rebondissements », où le lecteur trouvera l’acuité nécessaire à une lecture prolongée. L’auteur croit que le passager qui galère sur nos routes est « un galérien volontaire puisqu’il paie pour son moment d’inconfort ».

Dans cet ouvrage aussi fortement didactique, Claude Bernard Sérant étale huit (8) histoires déroulées dans un autobus « Vierge Miracle », en direction de Saut-d’eau, chacune des histoires accompagnées de rubriques : mon lexique, mes points d’interrogation et mes matières à réflexion. Ces rubriques ont pour but, selon l’auteur, de faciliter la compréhension du texte tout en renforçant la capacité de réflexion.

« An n al Sodo » raconte la traversée de « Vierge Miracle » faisant le trajet Croix-Bossales/Saut-d’eau. Des conversations par-ci par-là, entre le travailleur (travayè) et les passagers, entre le chauffeur Alexandre et les marchands. C’est une langue fluide qui peint l’ambiance à l’extérieur comme à l’intérieur de l’autobus, les cris, les chants, les éclats de rire, les va-et-vient, le calvaire de la route, tout comme celui du chauffeur d’autobus ou des passagers dans une Haïti saccagée par tant de problèmes que ceux liés au fonctionnement du transport en commun passent en second plan.

Dans « Un drôle de coco », c’est la morale de la rue, d’abord sur une scène déroulée entre un drôle de coco et des badauds, après avoir reçu une gourde d’un passager. Des répliques autour du bonheur, puis celles d’Adilya, une cliente de l’autobus, qui assistait à la scène, puis d’Edson, le cambiste, qui raconte des sortilèges qui lui étaient arrivés après avoir donné cinq gourdes à un mendiant.

La Croix-des-Bossales est omniprésente dans ces histoires racontées par Claude Bernard Sérant, déjà, parce que c’est un lieu privilégié des autobus, dont « Vierge Miracle », qui font la queue avant de prendre la route nationale, ensuite, pour sa forte concentration de vendeurs et d’acheteurs, et enfin c’est le trajet traditionnel de l’autobus. « Ogou » est le coq d’un passager assis à l’arrière de l’autobus, un parieur qui entame une conversation avec son animal, puis avec Mario, un mécanicien également à bord du véhicule, enfin un conflit sans merci débouchant sous des menaces de malédictions des lwa.

Assises à la deuxième rangée dans l’autobus, deux jumelles assistaient également à toutes les scènes. Annie et Innocia Delhomme. Cette fois-ci, place aux propos sur les genres, au syncrétisme religieux. Des scènes improvisées de galants, notamment de Francis, jeune homme en pèlerinage à Saut-d’eau et dont Viergela, une autre passagère, est la marraine. L’amour s’y mêle ainsi de la partie, celui de Francis qui fait la cour à Annie. Les deux se sont ainsi attirés l’un vers l’autre.

Ainsi de suite. Les histoires s’enchainent autour de cet autobus qui file vers Saut-d’eau. Chaque histoire racontée dans une simplicité aérienne et une couleur locale plongeant ainsi le lecteur dans la culture haïtienne et dans les moeurs des passagers du transport en commun. Aussi, comme mentionné plus haut, chaque histoire est-elle suivie d’un petit lexique qui présente les verbes, les mots et/ou les expressions, peu connus, et leurs significations. Puis, ces histoires sont suivies d’une série de questions sur des détails et/ou des subtilités liés au texte, et enfin, des thèmes pouvant constituer de véritables sujets de débats.

« Galère en autobus » est offert ici en son tome 1, peut-être s’en suivront d’autres tomes, toujours avec ce même regard sur l’ambiance en autobus, avec une telle actualité que le lecteur pourra lui aussi faire le voyage en mode passager invisible et ainsi vivre toute l’histoire traditionnelle haïtienne, comme l’imaginaire collectif des Haïtiens.

Jean Emmanuel Jacquet

Cet article « Galère en autobus », regard sur le transport en commun en Haïti est apparu en premier sur Quotidien Le National.

Commentaires