« Etensèl mo m yo » d’André Fouad ou l’apologie d’un poète qui brûle

La poésie d’André Fouad est « un feu, allumé au milieu du lakou, constitué de mots étincelants », pour reprendre les vers de Pascal Apollon. Dans ce recueil, le poète évoque la relation d’intimité entre lui et ses mots, et défend sa vocation de poète. « Etensèl mo m yo » est un recueil de 30 poèmes, de 44 pages, paru en 2006, réédité en 2017 aux éditions Miroir.

 

Dans un style simple, une écriture automatique, le natif de Port-au-Prince nous fait découvrir sa poésie, qui est chargée de bizarreries, de fantasmagories : une poésie surréaliste. Comme l’a signalé André Breton, ce mouvement littéraire [le surréalisme] repose sur les valeurs de l’irrationnel, de l’absurde, du rêve, du désir et de la révolte. C’est dans ce paradigme que le poète-diseur s’est inscrit, quand il incendie le lecteur avec le poème « Vire tounen » : Vire tounen / Sou menm tenmpo a / Tout zwazo vole jan yo vle / Tout kavalye lage pa / Jouk bouk sentiwon yo klere kou dife. Le poète utilise des images obscures et déconcertantes pour exprimer une réalité. « Tandis que le pays ne bouge, les oiseaux, qui peuvent être considéré comme les dominants, les cavaliers, agissent en toute liberté, dans un désordre généralisé, dans la bêtise envahissante, la corruption », peut-on se laisser comprendre.

 

En effet, le poète André Fouad considère non seulement le côté esthétique de l’art poétique, mais aussi, ce que Jacques Roumain appelle le « contenu de classe ». En fait, pour Roumain, la poésie est une arme. Selon lui, le poète est la conscience réfléchie de son époque, et son art doit être une arme au service du peuple, il doit prendre en compte la réalité de sa classe. Etensèl mo m yo, qui se veut une définition de la poésie de l’auteur, se présente avec un art engagé, exposant la réalité du pays, la situation de la jeunesse et de son rêve. C’est ce que l’on peut lire dans ces vers : Ti kras pa ti kras / Rèv mwen neye […] / Lavi pèdi branch / Tribòbabò.

 

Outre une arme, ce recueil est une apologie de sa vocation de poète. C’est comme quand on lit un extrait du Mémorial de l’île noire de Pablo Neruda : la poésie vient me chercher / d’une rue elle me hélait / des branches de la nuit.

 

Dans le poème intitulé « Etensèl mo m yo », le poète présente sa poésie [ses mots] comme une voix et une voie : Se nan silans mo m yo / Mwen grenpe al jwenn pawòl lannwit / Kite pou mwen. Et, ses mots constituent une fusée qui peut nous emmener vers une société plus juste. « Chalè mo m yo monte / nan plafon syèl la / li kite bon jan flanm », a-t-il écrit en fin de compte.

 

À rappeler, « Etensèl mo m yo » a reçu le prix Joseph D. Charles en 2010 de la Bibliothèque Georges Castera du Limbé. Et, le poète André Fouad a déjà publié, entre autres, Gerbe d’espérance (1992), En quête de lumière (1992) « Bri lan nwit » paru en 2000, « Lè pwezi m jwenn van » (2013).

 

Micky-Love MOCOMBE

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