Et si on expliquait le déficit au bénéfice de la nation

Plusieurs facteurs exceptionnels expliquent ce niveau de déficit. Ce déficit est enregistré dans une période où les recettes marquent une nette augmentation, soit de 30% au premier trimestre de l’exercice (près de 15% en terme réel), parmi les facteurs en cause :

a) Un rythme de mise en route plus rapide de l’investissement dans le cadre de la Caravane, ce qui a permis d’accélérer le rythme d’utilisation des ressources au premier trimestre, il faut noter particulièrement des dépenses d’investissement autour de 3.1 milliards en plus des dépenses pour le programme PSUGO de 1.1 milliard de gourdes ;

b) Des pertes de recettes autour de deux milliards de gourdes sur les produits pétroliers en raison de la hausse des cours internationales ;

c) L’absence de décaissement d’appui budgétaire alors qu’il a fallu honorer l’amortissement de la dette externe ;

d) le doublement de la masse salariale de G 2.7 milliards au mois de novembre à 5.1 milliards de gourdes pour prendre en compte le boni du mois de décembre ;

e) La prise en charge d’arriérés de dépenses de l’exercice précédent 2016-2017 pour plus de 4 milliards de gourdes. Il faut aussi noter que la pratique du « cash management » en 2015-16 ne s’est pas accompagnée d’une réduction des engagements de dépenses, lesquels ont accéléré, marquant une augmentation de 9 milliards de gourdes (soit une hausse de 16%, la plus importante sur la période 2012-2017) alors que les paiements effectifs ont été réduits de 5%, une situation qui contribua à une accumulation d’arriérés qu’il a fallu résorber progressivement ;

f) la poursuite de la mise en oeuvre des dépenses d’urgences et de récupération suite au passage de l’ouragan Mathieu qui avait atteint environ 6 milliards de gourdes, autour de 1.1% du PIB en 2016-17.

Il faut aussi mentionner des paiements à titre de subvention de l’énergie par lettre de garantie à SOGENER et E-Power pour 2.1 milliards de gourdes à date. Ces entreprises plombent les finances publiques par le simple fait qu’elles engrangent beaucoup de ressources pour peu de services. Les informations pour lesquelles il existe un silence radio prouvent le manque de rigueur de certaines analyses sur l’économie haïtienne.

Le prisme comptable du budget empêche une compréhension intégrale des investissements effectués dans le cadre de la Caravane. Peut-on continuer à recevoir des aides qui alimentent notre mal développement ? Ou bien le président Jovenel Moïse par le biais des secteurs impulse une dynamique d’investissement dans les ressorts potentiels de croissance économique qu’il s’agisse de l’agriculture, du bâtiment et des travaux publics et la bonne gouvernance de l’État ?

La situation économique actuelle du pays à en croire les experts internationaux n’est pas catastrophique et les actions économiques et financières engagées jusqu’ici par les institutions financières publiques répondent aux normes. Bien sûr, les efforts doivent être maintenus et soutenus pour continuer à reconquérir la confiance des opérateurs économiques, mais surtout en démontrant que les politiques publiques mises en oeuvre par l’administration Moïse/Lafontant sont l’expression d’une intelligente combinaison de réalisation de grands chantiers nationaux et du service public de qualité aux citoyens sur tout le territoire.

Donc, les politiques économiques sont aussi des choix politiques. Certaines sont difficiles dans un contexte de stagnation d’investissements étrangers et d’une relative nervosité du marché. Par ailleurs, L’arrêté du 28 février 2018 pris en Conseil des ministres et publié dans le journal officiel le moniteur en date du 1e mars de la même année faisant obligation de libeller les transactions commerciales sur le territoire en gourdes donc en monnaie nationale.

Les acteurs concernés ainsi que des citoyens lambda savent que cette disposition du gouvernement n’est qu’un simple rappel et ne saurait être une mesure pour destabiliser le confort de ce long fleuve tranquille de la spéculation dans le système financier. L’étonnement du forum du secteur privé exprimé dans sa correspondance adressée au ministre de l’Économie et des Finances (MEF) ne fait aucun doute sur la faiblesse de la politique monétaire mise en oeuvre par la banque des banques. Cet acte de souveraineté implique une prise en charge avec une approche plus pragmatique de l’État haïtien dans ce secteur en privilégiant la concertation et la protection des intérêts du pays.

Finalement, le bénéfice du déficit c’est qu’il met à nu la vaste supercherie financière instaurée pendant les 10 mois de la transition menée par le fameux président provisoire. Par la même occasion, il a légué au président constitutionnel Jovenel Moïse un héritage trop lourd de conséquences dont les effets sont actuels et préjudiciables pour l’économie. C’est à ce tournant que le peuple attend les nouveaux grands champions de la lutte contre la corruption.

Gérard Junior Mathieu

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