À quand une éducation inclusive en Haïti ?

Crédit photo : http://blogs.ibo.org.

 

L’éducation est considérée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation et la culture (UNESCO) comme un droit humain pour tous. C’est-à-dire que tout le monde devrait y avoir accès. Ce qui va de pair avec la qualité. En Haïti, le système éducatif n’offre pas à tous les mêmes chances de réussir tant les écoles ne prennent pas en compte les particularités de chaque catégorie. Ce qui représente un problème, selon le Réseau associatif national pour l’intégration des personnes handicapées (RANIPH), une association qui fait la promotion pour une éducation inclusive en Haïti.

Mackenson est un non-voyant. Comme tout jeune, il chérit de nombreux rêves. C’est pourquoi il multiplie les efforts pour poursuivre ses études malgré les difficultés. Dans une école non adaptée aux élèves de son cas, il utilise un magnétophone pour enregistrer tous les cours. N’ayant pas les outils appropriés, très souvent il se fait aider des camarades qui lui lisent les leçons qu’il enregistre sur son petit appareil.

Dans une salle de classe d’« élèves normaux », ce jeune homme essaie, chaque jour, de s’adapter avec son handicap. Alors que c’est l’école qui devait chercher à lui donner les moyens de se sentir intégré.

L’école en Haïti représente un enfer pour les élèves qui vivent avec un handicap physique. Néanmoins, près de 10% de la population haïtienne vit avec un handicap. Ces personnes à besoins spéciaux peinent à s’épanouir. Le pays ne mettant à leur disposition aucune structure adéquate pouvant les aider.

Pour la majorité, les bâtiments des écoles ne sont pas adaptés aux élèves qui vivent avec un handicap physique. Rares (pour ne pas dire qu’il n’en existe pas) sont les écoles qui ont des rampes d’accès en Haïti. En plus de cela, le programme éducatif n’est pas adapté à ces élèves à besoins spéciaux. Sans compter que les enseignants n’ont reçu aucune formation spécialisée adaptée aux personnes handicapées.

Le centre St-Vincent, construit pour éduquer les enfants handicapés, a été sévèrement touché par le tremblement de terre de janvier 2010 qui a réduit la capacité d’accueil de son local exclusivement réservé aux enfants handicapés. Les autorités, à travers les institutions concernées, n’ont pas fait grand-chose pour renforcer cet établissement combien important pour les enfants de cette catégorie.

Outre le centre St-Vincent, près de 35 écoles spéciales existent dans le pays, selon Marie Madeleine Pierre Georges, coordonnatrice de projet du Réseau associatif national pour l’intégration des personnes handicapées (RANIPH), dont le Centre d’éducation spéciale (CES) qui s’occupe des enfants à déficience intellectuelle. Même si ces écoles dites spéciales sont importantes, madame Pierre Georges croit qu’il faut plutôt travailler à mettre sur pied un système éducatif inclusif.

Une école qui répond aux besoins particuliers de chaque enfant

Une personne handicapée a le droit de fréquenter une école de son choix. En ce sens, les écoles devaient offrir un environnement adapté à tout le monde, peu importe son handicap physique ou mental. L’école devrait pouvoir répondre aux besoins particuliers de chaque élève. C’est ce que défend le Réseau associatif national pour l’Intégration des personnes handicapées.

RANIPH fait le plaidoyer pour une éducation inclusive dans le pays. Ce que Marie Madeleine Pierre Georges définit comme « une éducation qui tient en compte les particularités de tout le monde, sachant que tout le monde est différent l’un de l’autre, et en conséquence l’on doit avoir un système qui répond aux besoins particuliers de chacun ».

L’éducation inclusive ne tient pas seulement compte des enfants handicapés ou qui ont une déficience intellectuelle. Selon la coordonnatrice de projet du RANIPH, cette éducation prend également en compte le cas des enfants considérés comme des surdoués par rapport aux enfants dits normaux. « Ces enfants méritent un traitement spécial et ne devraient pas être contraints d’avancer à la même vitesse que les autres enfants », a précisé Marie Madeleine Pierre Georges.

Selon elle, pour garantir une éducation inclusive il faut qu’il y ait des professeurs bien formés, des bâtiments adaptés qui offrent un minimum d’accessibilité physique, des matériels didactiques spécifiques par rapport à l’aptitude de chaque enfant pour l’apprentissage.

La coordonnatrice de projet du RANIPH pense que les actions isolées ne vont pas changer grand-chose. C’est plutôt à l’État de prendre ses responsabilités, car, dit-elle, l’éducation est une affaire d’État. « L’État seul peut changer le système. Si l’on veut qu’à l’avenir tous les enfants, peu importe leurs conditions, aient accès à une éducation inclusive, il faut que cela parte d’une politique publique », plaide Marie Madeleine Pierre Georges.

Selon l’UNESCO, « l’inclusion suppose d’adopter une approche holistique de l’éducation dès la petite enfance, afin de prendre en compte les problèmes d’apprentissage des groupes marginalisés et exclus, et d’intégrer les quatre piliers de l’apprentissage (apprendre à connaître, à faire, à vivre ensemble et à être) ». « Une éducation inclusive non seulement répond et s’adapte aux besoins de tous les élèves, mais elle est aussi en phase avec leur société et respectueuse de leur culture », nous apprend l’agence onusienne pour l’éducation.

Ritzamarum Zétrenne

rzetrenne@lenational.ht

Cet article À quand une éducation inclusive en Haïti ? est apparu en premier sur Quotidien Le National.

Commentaires