Un carnaval 2018 en demi-teinte

Le rideau est enfin tombé sur les festivités carnavalesques tôt dans la matinée du mercredi 14 février 2018,avec néanmoins, un SweetMickyau summum de son spectacle, qui a fait durer jusque vers 9 h du matin, sa participation à l’évènement, en conduisant ses fans à Carrefour. Durant les trois jours gras (11, 12 et 13 février 2018), tous les regards étaient tournés vers le contenu artistique de cet évènement populaire qui a drainé une foule immense dans les rues de Port- au-Prince. De la rue Oswald Durand en passant par le boulevard Jean- Jacques Dessalines pour arriver au Champ de Mars,  le spectacle offert aux carnavaliers durant le parcours était galvaudé et mal planifié.

Malgré certaines irrégularités, il y a eu beaucoup de temps forts à souligner dans le carnaval qui s’est déroulé dans le pays autour du thème : « Ayiti sou woutchanjman ». Un écran géant placé dans les parages du Palais national a annoncé le nom des différents groupes musicaux retenus dans le parcours. Des centres d’urgence et des ambulances placés dans des coins stratégiques ont permis de porter assistance aux fêtards blessés. Un char allégorique du ministère de la Jeunesse et des Sports et de l’Action civique a mis à l’honneur la sélection féminine haïtienne des moins de vingt ans après sa qualification à la prochaine Coupe du monde de football U20, en France, en été prochain. Un autre char a rendu un hommage posthume aux artistes disparus au cours de l’année 2017. Il faut aussi souligner des campagnes de sensibilisation contre les maladies sexuellement transmissibles et la participation de nouvelles bandes à piedsur le parcours.

Mais au-delà des revendications entendues durant les trois jours gras et de l’humeur joyeuse et irrésistible de la foule, le Carnaval 2018 a souffert d’un manque d’organisation et de planification. La présence des membres du comité organisateur dans les rues n’a pas pu empêcher toutes les dérives montrant une fois de plus l’incapacité de ce pays à organiser un bon carnaval comme ces pays célèbres et économiquement avancés grâce en partie à leur carnaval. LeCarnavalde Rioau Brésil en est un bien bel exemple. Il est d’ailleurs considéré comme le plus grand spectacle du monde.

Ici, en Haïti, pour cette édition, des jets de pierre sur un public excité et enivré de plaisir ont été signalés. Voilàun type de spectacle à un moment où des milliers de personnes se sont rassemblés pour fêter. Le comité n’en est pas responsable, dit-on. Mais l’on aurait pu le prévoir, lorsque plusieurs meringues carnavalesques ainsi que des animations, envoient des messages de violence aux fans, sous prétexte de dénonciation de faits saillants de l’actualité sociopolitiquedu pays. Il y a aussi l’animosité existant entre certains artistes, ainsi que le comportement agitateur d’un certain nombre de partisans politiques. Le spectacle offert aux touristes fut ainsi déloyal et inaccoutumé.

D’autre part, qu’est-ce qui explique le retard enregistré lors du défilé des chars musicaux ? Les deux premiers jours gras ont été catastrophiques dans tous les sens. Certains groupes avaient eu des pannes de génératrice. D’autres des problèmes liés à la sonorisation. Il y avait eu des groupes musicaux prêts à mettre de l’ambiance, mais restés coincés derrière les chars de groupes,en panne sur boulevard Jean-Jacques Dessalines, attendant l’heureux jour où le diable deviendra caporal. Ensuite, il y  avait également trop de temps mort dans l’organisation du défilé.

Le dernier jour, il y eut une sorte de « macheprese » pour compenser tout cela. Certaines bandes à pieds, brandissant vers le ciel, leurs instruments musicaux, ont tenté de devancer un autre groupe de bandes à pied qui créait l’animation. L’on pourrait offrir beaucoup durant ces trois jours gras, s’il y avait une meilleure organisation et une bonne planification.

Le dernier jour gras, un incident malheureux a failli se produire entre les musiciens de T-Vice  et la Police nationale d’Haïti à l’avenue de la République pour des raisons apparemment banales. Le visage déçu, Roberto Martineau, le lead vocal du groupe, avait préféré, selon lui, d’aller en prison au lieu de suivre les directives des policiers.

Des incohérences, il n’en manquait pas : SweetMicky était resté pendant plus de quatre heures de temps dans les parages de Portail Léogane, le mardi 13 février 2018, juste pour enjoliver avec de la peinture fraiche le logo Bongu, l’un de ses sponsors ; les motifs sur certains chars allégoriques n’ont rien exprimé de significatif ; la paradea été également terne. C’était une impression de déjà vu. De quelque chose de pas fini. Certaines chorégraphies et certains costumes n’étaient pas non plus appropriés. Toutefois, des lanceurs de cordes, des Chaloskas, de jolies reines qui distribuaient par moment des bonbons, des bandes à pied comme Follow Jah, Louloup Party Cool, Galaxie Band, An gran jan, 620 ans band, ont su malgré tout tirer leur épingle du jeu, avant que des groupes et artistes, commeRoodyRoodboy, SweetMicky,Djakout #1 et T. Vice, soient venus labourer le Champ-de-Mars, leur territoire de prédilection.

Schultz Laurent Junior

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