Sécuriser les marchés publics !

Le Secrétaire d’État à la Sécurité publique, Ronsard St-Cyr, dans une réaction à chaud sur les ondes hertziennes, après l’incendie du marché Hippolyte le weekend dernier, s’est dit consterné. Il confirme que des caméras seront placées dans plusieurs endroits de la zone métropolitaine de Port-au-Prince notamment de la capitale pour lutter contre l’insécurité. En effet, les 18 millions de gourdes d’investissement que cet édifice public a coûté à l’État haïtien se sont envolés dans les flammes laissant dans la tourmente cette horde de marchandes et marchands du secteur informel déjà sous-capitalisés. Il n’y a pas (encore) d’inventaire permettant une estimation des pertes matérielles enregistrées, selon la Mairie de Port-au-Prince qui voit dans cet incident regrettable un nouveau choc pour l’économie haïtienne déjà exsangue.

D’aucuns ne nient pas une certaine collusion entre le politique et les incendies en série de marchés publics ces derniers jours. Politique ou pas, c’est une stratégie de déstabilisation (si c’en est une) que rien ne saurait justifier. Car il n’existe aucun fonds d’investissement pour ces marchands du secteur informel pour lesquels des banques commerciales ont pris le risque d’établir un système de crédit déjà limité. Pire : les marchands n’ont jamais été capitalisés comme en atteste leur passif à court et à long terme. L’espace d’un cillement, leur sous-capitalisation vole dans les flammes. L’économie elle-même en pâtit dans un pays confronté à une sempiternelle crise de services et de biens.

Question lancinante : comment les victimes du marché Hippolyte vont-elles faire pour honorer leurs engagements vis-à-vis de leurs créanciers? Aucun stock de capital n’existe pour permettre une meilleure gestion du PIB. Le chef de l’État a promis, comme toujours en pareille circonstance, de voler au secours des marchands. Soit. Mais comment? Avec quelles ressources? Et par quel mécanisme, lorsque la Mairie de Port-au-Prince, le CFI et le ministère du Commerce ne disposent d’aucune fiche signalétique relative à ces opérateurs? L’État n’arrive pas jusqu’ici à élargir l’assiette fiscale en dépit de l’optimisme béat affiché par la Direction générale des impôts (DGI) annonçant qu’elle pourrait largement dépasser ses prévisions. Bonne nouvelle, en tout cas. Mais pourra-t-elle ainsi financer la reconstruction du marché Hippolyte, d’autant que le budget annuel n’incite pas le citoyen à répondre à ses obligations fiscales?

L’économiste Carl Labossière a peut-être raison de prôner ce qu’il appelle “une transition économique” par la réforme fiscale. Sur ce, on comprend le fait que la Banque centrale défend à tour de bras sa politique contre l’inflation. C’est entendu. Mais quid de la croissance et la création d’emplois? Il est venu le temps de formaliser le secteur informel ce qui pourrait permettre à l’État de mettre en place un système de crédit à un taux d’intérêt défiant toute concurrence, avec bien sûr une période de grâce. Dans cette perspective, le CFI et le MCI, tout en évitant un certain angélisme, mais soucieux d’exactitude, ont un rôle capital à jouer. En vue d’une recapitalisation rapide des marchands victimes appelés à intégrer le marché formel déterminant pour l’économie nationale qui perd de plus en plus de sa superbe, selon bien des indicateurs notamment le pouvoir d’achat des consommateurs et la précarité des conditions de vie de la majorité des familles. C’est d’ailleurs ce qui cristallise les frustrations, le désespoir aboutissant à l’émigration massive des jeunes au Chili, au Brésil et en Argentine.

Si l’arrière-pays fait confiance à l’administration de Jovenel Moïse pour les promesses généreuses, mais non moins fallacieuses de la Caravane, d’aucuns doutent fort qu’elle puisse améliorer les conditions de vie de la population. C’est la théorie du vase communicant. Le chef de l’État avec la Caravane convainc d’un côté et son administration, en matière de sécurité, se révèle impuissant. Entre temps des marchés publics disparaissent sous les flammes.

Robenson Bernard

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