Marchés publics et gestion des risques en Haïti


Désolation de certaines marchandes victimes de l’incendie du marché Hyppolite./Photo : JJA.

 

En moins d’une semaine, deux marchés publics ont été incendiés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Ce qui provoque l’indignation partout. Ils sont nombreux les politiciens à profiter de ces sinistrés pour augmenter leur côté de popularité par le malheur des autres. Mais, jamais l’on ne se dit qu’il est temps de penser à la sécurité des gens qui fréquentent les lieux publics notamment les marchés publics dans le pays, secteur vital de l’économie haïtienne.

Après chaque marché public incendié, les mêmes réactions. Toujours est-il que l’on accuse des gens ou un secteur bien déterminé. Pour les derniers incendies des marchés « en fer » et marché du Port « nan Guérite » au rang des accusés se trouvent, d’une manière insolite, l’opposition politique et le gouvernement lui-même. Quand certains croient que ce sont les contempteurs du pouvoir en place qui ont incendié les marchés, d’autres croient que le gouvernement lui-même aurait provoqué ces incendies en vue de charger les adversaires politiques et « patati patata ». Mais, qu’en est-il de la sécurité des marchés publics ?

Petite guerre propagandiste. Et après quelques jours, si l’on se fie à la tradition, silence sera fait sur cette affaire. Les victimes ne seront même pas dédommagées. Et la population continuera d’ignorer ce qui, vraiment, était à la base de ces incendies. Et les mêmes causes produiront de nouveaux incendies de marchés partout dans le pays et particulièrement à Port-au- Prince ou cette pratique devenue notre tasse de thé.

Les nouveaux incendies déclarés à Port-au-Prince ces jours-ci ne font que rappeler les conditions périlleuses dans lesquelles des hommes et des femmes passent la majeure partie de leur temps sous les yeux coupables des autorités. Aucune issue de secours dans la plupart des marchés publics. D’ailleurs, ces lieux sont souvent des espaces aménagés par les commerçants eux-mêmes hors de toutes formes de norme. Pour les marchés construits, par l’État ou le secteur privé, la question du risque n’est pas toujours prise en compte.

Généralement, la capacité d’accueil des marchés est inférieure à la quantité de personnes qui les fréquentent réellement. Une simple observation suffit pour le remarquer. Ce qui augmente le risque de désastres en cas d’incendie ou d’autres événements malheureux. Tous les couloirs sont bondés de gens et de tréteaux. Donc, la circulation au sein des marchés est toujours un enfer même en temps normal.

Par ailleurs, les marchés sont également des espaces insalubres, car les usagers ne disposent pas de poubelles pour jeter les déchets. Dans la zone métropolitaine, les marchés publics ont très souvent l’apparence de grands sites de décharges. Au marché de Tabarre comme au marché la Coupe à Pétion-Ville ou encore aux marchés du Centre-ville de Port-au-Prince, les marchands exposent leurs produits sur des montagnes d’ordures. Cela dit, ceux qui fréquentent les marchés publics courent le risque d’attraper toutes sortes de maladies. Pour certains marchés, les gens se soulagent en plein air ou utilisent tout simplement un « emboité » pour faire leurs besoins.

Les autorités n’ont jamais pensé à la sécurité des gens (et des biens de ceux-ci) qui fréquentent les marchés publics dans le pays. Les incendies viennent rappeler chaque fois que les commerçants mènent une vie périlleuse dans ces espaces commerciaux. Non seulement il est facile, par rapport à la configuration de ces lieux, qu’un incendie y soit déclaré à tout moment, mais aussi il est quasi-impossible de neutraliser le feu avant qu’il ne consume tout sur son passage.

Le service des sapeurs-pompiers presque inexistant ne parvient pas toujours à arriver sur les lieux à temps. Et ce n’est pas toujours facile pour un camion de trouver un passage dans les marchés compte tenu leur modèle anarchique de construction. Quand les sapeurs-pompiers arrivent, ce n’est que le début d’un spectacle honteux. Problèmes d’eau, pas de bouches d’incendie dans la zone, etc. C’est dire que l’on oublie toujours que les marchés peuvent prendre feu. L’on oublie même que c’est très courant dans le pays. Les événements passent et se succèdent, mais nous n’en tirons aucune leçon.

Comme nous l’avons déjà fait remarquer dans un article au journal Le National, beaucoup de marchés publics en Haïti sont érigés sur les trottoirs. Beaucoup s’accroissent continuellement sur les routes nationales au péril des usagers. Même à ce niveau, les autorités ne posent aucune balise ou ne prennent aucune mesure pour protéger la vie des gens et leurs biens.

Tout le monde s’indigne devant l’incendie des marchés en fer et celui du Port à Port-au-Prince. On s’apitoie pour les victimes. On cherche des coupables ici et là. Et on accuse Pierre et Jacques. Certains en profitent pour faire leur capital politique ou pour soigner l’image de leurs entreprises. Mais, ne serait-il pas urgent également de penser à mettre sur pied un système de gestion des risques dans les marchés publics afin de répondre aux situations d’urgence ?

Ritzamarum Zétrenne

rzetrenne@lenational.ht

Cet article Marchés publics et gestion des risques en Haïti est apparu en premier sur Quotidien Le National.

Commentaires