Le MPCE et ses irresponsabilités

Le ministère de la Planification et de la Coopération externe est l’un des ministères régaliens dans l’Administration centrale de l’État du fait que ce dernier planifie et connait tous les grands projets publics de développement, jouant un rôle principal dans la création et le contrôle des organisations non gouvernementales fonctionnant dans le pays.

Créé en 1989, sa mission c’est d’orienter, en fonction des stratégies et priorités des gouvernements, les projets d’investissement public, de travailler pour un développement équilibré sur tout le territoire national avec une utilisation efficace des ressources publiques. Il devrait s’impliquer également dans le suivi, l’évaluation des programmes de développement avec un souci de reddition de comptes.

Depuis quelques années, ce ministère reçoit comme sien une présence invisible dans la planification de la politique du gouvernement, qui pis est, n’a pas la capacité à imposer sa volonté au regard du décret du 14 septembre 1989 modifiant la loi du 13 décembre 1982 régissant les ONG. L’article 5 du texte précité fait du ministère de la Planification et de la Coopération externe l’organe décisionnel et de contrôle des organisations non gouvernementales d’aide au développement.

En effet, le leadership du ministre devrait s’exercer à travers l’institution pour l’application des instruments juridiques se rapportant à la coopération externe et à la planification des programmes et projets publics. Force est de constater que le ministère qui devrait être le premier organe chargé de la supervision et de la coordination des ONG sur tout le territoire au moyen de la Direction de Coordination des activités ONG (DCAONG) créée par le décret du 2 février 2016, ci-devant Unité de Coordination des Activités des ONG (UCAONG), fait fi des obligations expresses des articles 13 et suivants du décret du 14 septembre 1989.

Plusieurs décisions récentes prises par les quartiers généraux de certaines ONG impliquant le travail effectué en Haïti justifient l’irresponsabilité de l’État. Les cas flagrants d’ONG qui fonctionnent selon leur propre gré et sans une supervision efficace et efficiente de l’État plus précisément de la Direction de Coordination des Activités des ONG. Et le pire, parfois, elles ont à leurs dispositions des enfants et des adultes et décident de leurs quotidiens c’est pour cela que ces derniers sont parfois maltraités et exploités sexuellement.

Le plus récent cas a été dévoilé par le quotidien britannique The times, l’Oxfam sanctionne des employés pour avoir utilisé des enfants à des fins sexuelles. Une situation qui met à nu la Direction de Coordination des Activités des ONG. En la matière, on dirait que nos ministres décident périlleusement pour Haïti.

Selon plus d’un, la plupart des exploités sexuels étaient des mineurs(e). Malgré ça, le ministre de la Planification et de la Coopération externe, au lieu de prendre les dispositions pour opérationnaliser la supervision des ONG, ne fait que suspendre l’autorisation d’Oxfam Grande-Bretagne. Ne devrait-on pas donner autant d’importance à l’exploitation sexuelle de nos enfants qu’au dossier d’accusation sur les kits scolaires ? Est-ce que la DCAONG attend d’autres cas pour rendre opérationnelle la supervision du travail des ONG en Haïti?

Beaucoup pensent que ce ministère est le plus représentatif et le prestigieux en matière de ressources humaines, cela suppose que les compétences et les responsabilités en matière de supervision et coordination des activités des ONG sont avérées, mais, que peuvent espérer ces enfants enculés ? Et combien de personnes qui sont en train de subir des traitements inhumains sous l’inaction de la DCAONG et du ministère de la Planification et de la Coopération externe ? Comme les intérêts individuel et sectoriel sont primés sur les intérêts collectif et public sur cette « terre de liberté », sans doute ces écrits peuvent donner lieu à des persécutions au lieu d’inciter la direction technique à superviser les ONG en Haïti.

Une très grande partie de la population haïtienne connait une sorte de situation précaire, mais rien ne nous oblige à prostituer nos enfants et à livrer la société dans l’indignité. Par ailleurs, le pays a adopté le Plan stratégique de Développement d’Haïti selon lequel Haïti deviendrait être un pays émergent d’ici 30 ans, mais il n’existe que sur le papier, dans la pratique c’est la spontanéité sans aucune politique planifiée. Aujourd’hui le pays est livré à des institutions étrangères, les enfants sont délaissés, l’espoir de la jeunesse se trouve dans l’émigration pendant que les grands commis de l’État ne cessent de s’enrichir et de faire des shows traditionnels dans la presse. Sur ce point, le jeune juriste, Hérold Jean Pierre semble avoir raison pour avoir insinué le clientélisme existant entre les ONG/agences de coopération externe et les instances étatiques de contrôle dans son mémoire de sortie à la faculté de Droit et des Sciences économiques de Port-au-Prince.

De ce fait, l’État haïtien doit prendre sa responsabilité en faisant contrôler et superviser de manière constante le travail des ONG. Le ministère de la Planification exige et doit donner beaucoup dans l’administration du gouvernement.

La suspension provisoire de la reconnaissance de l’ONG Oxfam Grande-Bretagne effective par le communiqué du 22 février 2018 n’est pas une mauvaise décision. Cependant, la meilleure serait de prévenir ces actions à travers la direction technique créée par l’article 28 du décret du 2 février 2016 faisant auspice de loi-cadre du ministère de la Planification et de la Coopération externe. Ainsi, le travail à faire c’est d’utiliser les ressources et compétences nécessaires pour contrôler et superviser le travail des ONG.

Lacks-Guvens Cadette

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