Le marché Hippolyte, un joyau mal gardé

Vue du marché Hippolyte en feu le 13 février dernier.

 

Inauguré en 1891, le marché Hippolyte porte le nom du président d’alors Florvil Hyppolite. Cet édifice, l’une des images emblématiques de la ville de Port-au-Prince, a été classé au rang de patrimoine national par un arrêté du 11 mai 2010. Construit en fer et fonte, avec des murs en briques, ce bâtiment situé au boulevard Jean- Jacques Dessalines représente un joyau architectural que le pays devrait conserver fièrement. Le directeur général de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national, Patrick Durandis, qualifie de perte inestimable l’effondrement de l’aile sud du marché en Fer dans la nuit du 12 au 13 février à l’occasion de l’incendie dont l’origine reste encore inconnue. Il rappelle la nécessité que les bâtiments historiques soient gardés dans un environnement sain et sécuritaire.

« Suite à l’incendie, l’ISPAN a effectué des visites sur les lieux pour documenter les dégâts et nous nous apprêtons à clôturer la partie incendiée afin d’éviter que les pièces en fer et fonte et les briques ne soient emportées », a informé le directeur de l’institut. Il affirme qu’il a fallu des travaux assidus pour reconstruire le marché suite à la destruction de l’aile nord par l’incendie du 30 mai 2008. « Travailler sur le patrimoine demande beaucoup d’énergie et surtout une forte passion », témoigne l’architecte.

Patrimoine et insalubrité, le contraste

Il est paradoxal de constater un bâtiment élevé au rang de patrimoine national au milieu de piles d’immondices. Le marché en fer, en dépit de ce qui en fait une oeuvre géniale sur le plan architectural, n’est accessible qu’à ceux qui se résignent à braver l’insalubrité du bas de la ville. À ce sujet, Patrick Durandis explique que la responsabilité de l’ISPAN se limite à la restauration des bâtiments patrimoniaux. Il revient à d’autres institutions de l’État comme la mairie de Port-au-Prince de s’assurer de l’entretien du marché. « Dégager l’environnement du bâtiment, le surveiller et l’alimenter en eau et en électricité sont des responsabilités qui ne figurent pas dans nos attributions », précise-t-il.

À l’occasion du 250e anniversaire de la ville de Port-au-Prince en 1999, l’image du marché Hippolyte est apparue sur le revers du billet de 1000 gourdes nouvellement émis. Ce billet dessiné par un ancien directeur général de l’ISPAN, Daniel Élie, rend un hommage au président Florvil Hyppolite à qui le pays doit « le plus beau marché de Port-au-Prince ».

La menace constante contre le patrimoine

Le patrimoine bâti d’Haïti fait face à des menaces multiples. Outre les risques liés aux catastrophes les plus récurrentes comme les ouragans, les inondations, les incendies et les tremblements de terre, les bâtiments patrimoniaux sont également exposés à des actes de vandalisme de la part des citoyens, déplore Patrick Durandis.

Selon lui, le patrimoine est quotidiennement mis en péril par la malhonnêteté d’individus qui ne comprennent pas le sens de la conservation. De pareils incidents se sont produits à fort Jacques et au Môle Saint-Nicolas où des riverains ont emporté des matériaux. Dans d’autres cas, « des monuments sont transformés en discothèques par ceux mêmes qui sont préposés à leur conservation », déplore le directeur de l’ISPAN qui croit qu’il faut une plus grande fermeté de l’état pour faire cesser cette escalade.

Kendi Zidor

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