Le CEPAM à 25 ans

DEUXIÈME PARTIE

Centre pour la promotion de l’allaitement maternel (CEPAM)

Nous prenons plaisir à continuer notre conversation avec madame Michèle B. Gonzales, membre de l’association CEPAM qui est au service de la communauté haïtienne depuis 25 ans.

M.A.T. : Mme Gonzales, vous dites que la première heure qui suit la naissance d’un bébé est une « heure sacrée », pourquoi ?

M.G. : Certains utilisent ce terme parce que les études ont montré que l’accueil à la naissance est particulièrement important. Il est critique et déterminant, car il facilite le développement optimal du cerveau.

M.A.T. : Que recommande-t-on de faire quand un bébé vient au monde pour que celui-ci bénéficie de cette « heure sacrée » qui suit sa naissance ?

M.G. : « Le peau à peau ». Il consiste à mettre le bébé nu sur la peau de sa mère. (Ou du père si une urgence se présente.) C’est le pont nécessaire entre la vie dans l’utérus et le monde extérieur. Chaque bébé représente un nouveau départ pour le meilleur ou pour le pire. Après son premier cri, couché sur la poitrine de sa mère (il est recouvert) il entend les battements de coeur, reconnait le son assourdi de sa voix, les goûts et les odeurs qui sont familiers, calme et détendu, au point de vue médical, en général les effets sont positifs : taux de glycémie correct, aussi bien que la respiration, la tension artérielle, la température…

Fait étonnant et très peu connu, si le bébé a froid, la température au niveau de la poitrine de la mère augmente de 2% Celsius ; si au contraire il a chaud, la température descend de 1% Celsius.

M.A.T. : C’est extraordinaire ! Ignorant de ces notions, autrefois on ne mettait pas l’enfant sur la mère, mais on le déposait sur une table pour le nettoyer et tous s’émerveillaient de son premier cri qui était le symbole d’une bonne santé. Souvent on ne le montrait à la mère que « débarbouillé et langé.

M.G. : Malheureusement, tant pour la mère que pour l’enfant, cela se fait encore. Entre temps, on a beaucoup étudié le comportement du nouveau-né. On sait maintenant que la séparation d’avec sa mère est pour lui une menace. Il crie fort, pousse des hurlements, fait preuve d’intense activité pour attirer son attention : c’est la protestation. Son cerveau commence à produire des hormones de stress. C’est le désespoir — réponse universelle — il a peur, il se sent abandonné. On observe alors une activité croissante dans la partie centrale du cerveau. Pour se protéger, il va rester immobile. Le rythme cardiaque ralentit, la respiration devient irrégulière, la température baisse… Tous les systèmes ralentissent pour assurer sa survie. C’est alors que le personnel médical recourt à la routine, enveloppe le bébé, l’installe dans un berceau sous la lampe pour le réchauffer.

Par contre, avec « le peau à peau », tout se passe différemment et tranquillement. Après un temps de relaxation et d’observation, bébé se met à téter si tôt prêt, au cours de sa première heure de vie. Il va bénéficier du colostrum (le premier lait) qui lui donne une protection extraordinaire en attendant que se développe sa résistance aux microbes.

M.A.T. : Et si il ne va pas au sein, à quoi faut-il s’attendre et quelle est la marche à suivre pour remédier à cet inconvénient ? On parle beaucoup des nouveau-nés qui refusent de faire le mouvement de succion quand on leur présente le biberon.

M.G. : On peut l’aider. Il faut savoir que le réflexe de succion est très fort à la naissance, mais disparait après 6 heures pour revenir pratiquement 2 jours plus tard. Vous entendez parfois les mères vous dire : « je désirais allaiter, mais le bébé ne voulait pas ». Entre la 12e et la 48e heure, la mise au sein sera plus difficile, mais cela ne veut pas dire que l’enfant ne veut pas. Le moment a été mal choisi pour débuter l’allaitement. Les mères doivent être bien informées.

M.A.T. : Vous avez beaucoup parlé du bébé et de l’importance du ‘’Peau à Peau’, qu’en est-il de la mère ? Jouit-elle un bénéfice quelconque découlant de cette intimité avec le nouveau-né ?

M.G. : Elle aussi en bénéficie. La succion du bébé permet au placenta de se détacher plus vite, contracte la matrice et empêche trop de saignements ; de plus l’hormone ocytocine (appelée hormone de l’amour) stimule le lien mère-enfant, porte la mère à s’attacher à son bébé, à le caresser et facilite aussi la mise au sein précoce et la production du lait.

M.A.T. : Après avoir eu trois enfants, dix petits enfants et deux arrière-petits-enfants, je pensais me ý connaitre en allaitement, mais je me rends compte que tout ceci constitue une information nouvelle.

M.G. : Vous savez, si nous voulons un vrai changement pour un développement durable, chacun dans sa sphère d’activité se doit d’être accueillant, bienveillant et performant. Au niveau du CEPAM, les formateurs suivent régulièrement les cours pour se tenir au courant des recherches. Depuis 1980, ceux qui ont bénéficié de l’approche « peau à peau » sont des individus paisibles et heureux.

« Si nous voulons créer un monde sans violence, nous devons commencer dans notre façon de nous traiter les uns les autres dès le début de la vie. C’est à partir de ces racines que se développent la peur et l’agressivité ou l’amour et la confiance » (Suzanne Arms).

Je vous remercie de m’avoir permis de fournir des informations à ceux que la question intéresse.

M.A.T. : Je vous remercie pour ces informations précieuses. Espérons que nos lecteurs en parleront autour d’eux. Il serait souhaitable que les écoles fassent appel à votre association pour initier les élèves des classes terminales aux soins que nécessite la venue d’un nouveau-né. Ce serait une garantie pour que la société compte des enfants plus aptes à résister aux agressions des microbes et autres maladies mortelles pour les tous petits.

Je prends la liberté de rappeler les coordonnées du CEPAM : mailcepam@yahoo.com mbgonzales06@gmail.com .

Marie Alice Théard (IWA/AICA)

 

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