Le Cap-Haïtien rend hommage au Prix Nobel de littérature Wole Soyinka

Professeur Soyinka dîne au Palais Sans-Souci.

Arrivé samedi au Cap-Haïtien, le Prix Nobel de littérature Wole Soyinka, a été reçu à l’aéroport international du Cap-Haïtien par le président de l’Institut haïtien d’observatoire de politiques publiques (INHOPP), M. Fritz Jean, et une délégation de personnalités diverses de la communauté du Nord. Un cocktail de bienvenue a été donné en l’honneur du professeur Wole Soyinka qui s’est vu décerner une plaque d’honneur pour son apport inestimable à la littérature mondiale et à l’épanouissement des peuples noirs. Quoique fatigué, l’octogénaire a pris part à plusieurs activités dans le Nord dans le cadre des « Rencontres d’ici et d’ailleurs » organisé par Laboratorio Arts Contemporains, dont des conférences-débats, un dîner et une excursion à la citadelle Laferrière et au Palais Sans-Souci.

Plus que jamais, la danse folklorique d’Haïti et les chansons traditionnelles haïtiennes étaient au rendez-vous. Comme pour rappeler au professeur Wole Soyinka qu’il est chez lui, sur une portion de sa terre natale transportée en Amérique. La cérémonie est introduite par un discours du président de l’INHOPP, M. Fritz Jean, en costume de soirée. Celui-ci en a profité pour transmettre au professeur Soyinka tout le respect et toute l’affection du peuple haïtien et de la communauté du Nord qui a dû attendre 42 ans pour accueillir une personnalité africaine aussi distinguée après le passage de Léopold Sédar Senghor en 1976. « Aujourd’hui, c’est une double émotion qui nous anime. D’une part, on se félicite de ces échanges interculturels qui prennent corps, mais surtout, et d’autre part, ce dialogue qui s’établit avec la présence parmi nous de l’un des fils le plus méritant de la mère Afrique, Wole Soyinka. »

Peu après, un groupe de jeunes femmes vêtues de costumes dévotionnels a fait son entrée pour offrir aux spectateurs une magnifique prestation d’inspiration vaudou. Elles ont continué ainsi dans des performances variées avant de laisser la scène à la chanteuse Patroloute qui a interprété la complainte paysanne « Yon sèl pitit » de Raoul Guillaume. C’est une belle voix en attente de succès. Le diseur Ulysse Angelot qui a remplacé Érick Pierre, membre de l’Institut haïtien d’observatoire de politiques publiques (INHOPP), a emballé l’assistance dans un montage de textes extraits de poèmes haïtiens. Puis, est venu le temps d’honorer le professeur Wole Soyinka pour son apport inestimable à la littérature mondiale et à l’épanouissement des peuples noirs. Avant de lui remettre la plaque Honneur et Mérite, Dieudonne Luma Étienne, l’unique femme sénateur de la République, a fait l’éloge du prix Nobel de littérature Wole Soyinka.

« M. Soyinka, vous êtes un icône de la littérature et un héros du Continent africain. Vos multiples oeuvres romanesques, poétiques et théâtrales vous ont permis d’être ce que vous représentez aujourd’hui dans le monde culturel et nous en sommes fier. Sachez bien que la région Nord du pays, de par son hospitalité, vous honore et vous sera toujours reconnaissante pour ce que vous avez accompli et ce que vous accomplirez encore dans le secteur littéraire », affirme la sénatrice en s’adressant directement au nominé. Après avoir reçu sa plaque, le professeur Wole Soyinka s’est adressé au public en ses termes : « Je voudrais attirer l’attention de la délégation qui m’accompagne sur les voix des Orichas (divinité des Yorubas). En écoutant les artistes qui ont été sur scène ce soir, j’ai reconnu tout de suite la musique Owo de la culture Yoruba. Je ne sais pas si c’était voulu ou si c’est un hasard, mais je suis convaincu que les Orichas étaient avec nous ce soir. »

En les écoutant, poursuit-il, je me suis souvenu de la première édition du Festival international des Arts et des Lettres qui s’est déroulé à Dakar, au Sénégal, en 1965. « Il me semble très important de reconnaître tous les efforts qui sont faits de façon constante pour que la diaspora reste comme elle a été au continent. Peu importe les voies et moyens par lesquels cette connexion se produit pour nous, ce qui semble le plus important c’est la culture », ajoute-t-il.

Professeur Soyinka accompagné de son guide Eddy Lubin à la Citadelle Laferriere./Photo :
Bilal Bababodi.

Wole Soyinka visite la Citadelle Laferrière et le Palais Sans- Souci

Guidé par l’ancien ministre de la Culture, Eddy Lubin, M. Soyinka eu le plaisir de visiter brièvement la Citadelle Laferrière, la forteresse du Roi Christophe et le Palais Sans- Souci, là où le roi Henry Christophe s’est suicidé le 8 octobre 1820. Il a appris une tranche de notre histoire mouvementée en visitant ce riche patrimoine du nord. Son guide, M. Eddy Lubin, lui a fait découvrir la vie de la Citadelle. Il a parlé avec passion comme s’il dispensait un cours d’histoire. Il n’a pas arrêté de parler. Et le professeur Soyinka l’a écouté attentivement.

« La Citadelle Henry abrite la plus grande collection connue de bouches à feu du XVIIIe siècle. Composée pour la plupart de pièces françaises, on y retrouve aussi des tubes anglais, espagnols et italiens. La quasi-totalité de ces canons, mortiers ou obusiers, en fonte ou en bronze a été gagnée sur l’ennemi dans les champs de bataille par l’Armée indigène commandée par Toussaint Louverture puis, plus tard, par Jean-Jacques Dessalines. L’armement de la Citadelle Henry repose sur un impressionnant parc d’artillerie de plus de 163 pièces dont 124 canons, 9 obusiers, 27 mortiers, 2 perriers et 1 pierrier », a détaillé M. Eddy Lubin non sans impressionner le Prix Nobel.

Visite du Professeur Soyinka à la Société Capoise d’Histoire

Après cette visite enrichissante, cap sur le Palais Sans-Souci. Arrivé là-bas, il n’y avait pas grand-chose à voir. Le professeur Soyinka n’a pu découvrir que les ruines de ce patrimoine mondial que nous chérissons tant. Après un déjeuner typique au son des tambours sur la cour du Palais Sans- Souci, professeur Wole Soyinka a été reçu par la Société capoise d’Histoire et de protection du patrimoine qui lui a accueilli chaleureusement. Entre chansons traditionnelles, lectures scéniques et spectacles, le professeur Wole Soyinka a passé un heureux moment. « Cet après-midi, je me suis entretenu avec des jeunes étudiants qui m’ont posé des questions sur ce que je ressentais depuis que je suis arrivée en Haïti. Je leur ai répondu que c’était tout un mélange d’émotions. L’une des raisons pour lesquelles, je ressens des sentiments mitigés, c’est la similarité entre la situation non seulement au Nigéria, mais sur tout le continent Africain et Haïti.

Entre le Nigéria et Haïti, dit-il, le colonialisme et la recolonisation présentent la même métaphore. Haïti présente une situation particulière de colonialisme et de recolonisation qu’il est intéressant d’étudier. Elle a le choix de se soumettre ou de résister à cette seconde vague de colonisation, tandis que beaucoup de pays africains n’ont pas la possibilité de choisir parce que souvent ils ne se rendent même pas compte qu’ils sont colonisés. « Quand je quitterai Haïti, je partirai avec l’image des enfants, des jeunes, des étudiants avec qui j’ai eu l’occasion de beaucoup discuter. Je partirai avec les petites filles qui m’ont offert des fleurs. Je partirai avec l’image de tous ces jeunes que j’ai rencontrés au Parc de Martissant et de la résistance d’un pays comme Haïti. Le reste vous appartient. »

Aljany N. Zephirin

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