Cessez le voyourisme politique aux victimes du marché Hippolyte : offrez-leur une mutuelle d’assurance

Pour une énième fois, dans la nuit du 12 au 13 février 2018, le plus beau marché public de la Caraïbe, marché en fer, pour les chauvinistes, construit sous la présidence de Florvile Hyppolite en 1890, vient d’être incendié. Cette oeuvre d’art de portée touristique régionale a été victime de plusieurs incendies. Cette triste nouvelle est apparue pendant que tout un peuple est en liesse aux Champs de Mars au moment des défilés carnavalesques. Les imposteurs de la République et des abrutis non identifiés s’agglutinant autour des chapelles politiques diverses ont frappé la porte des opprimés du système de micro-crédit et du secteur bancaire haïtien. Face à cela, ces héros et héroïnes ne peuvent jamais connaitre un jour meilleur tant qu’ils seront condamnés à payer le prix et le poids d’un système taillé sur mesure par plus d’un.

Ce cri d’alarme vient du coeur d’un fils de paysan, devenu avocat/ professeur, qui croit dur comme fer que la vraie aide qu’on puisse apporter aux victimes, c’est de leur offrir une couverture d’assurance, afin de les protéger d’un éventuel risque d’incendie, qu’il soit d’origine politico-criminelle, sociale, environnementale ou accidentelle. Ces hommes et femmes qui pleurent à l’unisson ne s’attendent plus à des actions politico-saupoudreuses pour affermir leurs peines et leurs souffrances face à cette odieuse tragédie. Les auteurs de cet acte doivent savoir qu’il est grand temps de comprendre qu’ils sont de leur camp et de leur origine. Les frapper ainsi par ce tsunami, sous prétexte de mettre en difficulté les politiques, c’est un moyen d’augmenter le risque de leur souffrance future et de leur précarité socio-économique. Puisque le gouvernement pour aplanir les soubassements populaires, se voit donc toujours obligé de désaffecter des fonds publics déjà dédier à un projet au milieu de leur classe. En fin de compte, ces putschistes populaires détruisent leurs siens économiquement par manque de clairvoyance politique, de lucidité et sensibilité sociale tout court. Il faut souligner aussi que cet incendie est dû au laxisme et l’incurie de l’État dans toutes ses composantes selon plus d’un.

Un plaidoyer qui devrait être sans appel pour une fois en faveur des victimes ?

Ce plaidoyer est une démarche citoyenne fait à partir d’un constat sur l’état de l’appauvrissement et la disparition de la classe moyenne haïtienne sur le plan économique. Une classe qui devrait être le socle de notre économie, bien sûr en temps normal. Face à cela, une prise de conscience collective est donc nécessaire pour ce secteur prometteur d’emplois qu’est la mutuelle d’assurance. L’assurance ayant donc pour base la finance, elle assure aussi la pérennité des activités économiques et de production, car l’économie ne peut se passer d’elle pour le financement de ses activités, de la recherche et des entreprises. C’est pour cela qu’elle doit être encadrée par le pouvoir public, peu importe le pays. Elle est une offre commerciale qui tend à protéger et à garantir l’économie ou l’investissement d’un particulier ou une entreprise contre des risques probables. On doit les identifier avant qu’ils arrivent. Parce que le rôle de l’assureur, c’est aider le citoyen ou l’entrepreneur à déceler les risques et prévenir les sinistres potentiels. Voilà pourquoi l’assureur doit proposer des produits d’assurance adaptés aux exploitations de tout genre et de toute taille. Pour ce faire, l’entrepreneur ou le citoyen est libre de choisir le risque qu’il entend couvrir à travers un ensemble de produits que l’assureur tient à lui présenter. L’assurance est donc un produit qui mérite d’être commercialisé au milieu du secteur informel haïtien. Elle est le seul moyen par lequel un marchand peut espérer qu’après avoir été victime d’une catastrophe quelconque pourra être dédommagé suivant ses pertes parce que justement il avait souscrit à une police d’assurance, soit à travers une mutuelle, soit dans une banque d’assurance, et ceci, sans pour autant être à la merci de quiconque.

Ainsi, le contrat d’assurance est-il devenu incontournable en raison de sa place dans l’espace économique et de son apport aux mécanismes fondamentaux du droit commun des contrats. C’est un contrat onéreux impliquant le paiement d’une prime. À cet effet, nous avons donc besoin d’une nouvelle loi sur la commercialisation des contrats d’assurance en Haïti. C’est à dire sur le devoir de conseil des assureurs, le contrôle des entreprises de réassurance et de coassurance. Par ailleurs, une meilleure compréhension du rôle fondamental que va jouer le cabinet de courtage et le métier du courtier d’assurance en particulier est donc nécessaire. Car celui-ci est un professionnel indépendant de la compagnie d’assurance, considéré comme étant un commerçant, il est en fin de compte le mandataire du futur assuré. À noter qu’il ne faut pas confondre le courtier d’assurance avec ceux des agents généraux d’assurance qui sont eux-mêmes des intermédiaires ayant un rapport exclusif avec la compagnie d’assurance qu’ils représentent.

Ce plaidoyer s’inscrit aussi dans le but d’inciter les décideurs haïtiens à promouvoir cette culture de mutualisation au sein du secteur des marchés, dit secteur informel, qui serait l’autre face d’une médaille que peuvent offrir les parlementaires de cette 50e législature à travers un nouveau texte régularisant le secteur des assurances vieux de plusieurs décennies en échange à leurs votes. Aider aujourd’hui les victimes à payer en partie leurs dettes ne servira à rien de durable si on veut vraiment les faire sortir de cette situation abjecte. Le mieux à faire c’est de créer un cadre juridique règlementaire lié à leur cause et un fonds public d’investissement qui servira de caution de garantie pour les banques privées quand ces victimes auront à demander des prêts, elles l’auront avec un taux préférentiel dérisoire. Ce serait un moyen par lequel on leur rendra service et justice.

En effet, ce vide juridique et institutionnel fait peur à l’investissement local, voire international. Des centaines de familles haïtiennes vivent et pratiquent le commerce informel et sont privées de cet outil moderne de protection. Ces familles sont donc livrées à elles-mêmes et assument les conséquences de l’irresponsabilité des élus, des dirigeants et certains leaders politiques faisant l’apologie de la violence comme un outil de lutte et de militance. Mais qu’ils le sachent qu’avant tout, cela comporte que de pertes pour ce secteur qu’ils entendent défendre. Aucun pays ne peut se développer avec ces pratiques. C’est pourquoi seul un projet de mutualisation réelle incluant la création d’un environnement sain peut garantir la sûreté des prêts bancaires. Ainsi, ceci permettra d’appréhender la complexité qu’encourt ce secteur et le pays gagnera à sortir de sa dépendance économique chronique. Tout ce qui compte aujourd’hui, c’est de placer l’assurance dans notre politique publique, l’insérer dans nos débats politiques et universitaires. À noter que l’absence d’un code des assurances ne nous empêche pas quand même de poser cette problématique et de trouver un sens à notre plaidoyer s’avérant utile pour la modernisation du marché informel haïtien. Cette institutionnalisation du concept marché informel est due au taux de chômage grandissant qui frappe les ménages haïtiens. Cette formule utilisée par l’État le rend beaucoup plus vulnérable qu’auparavant.

Pour s’en sortir, je propose à l’État en cette matière, de dissocier les banques commerciales, des mutuelles d’assurance et des entreprises / compagnies d’assurance à travers une loi qui définit le champ d’intervention de chaque acteur sur le marché économique vu qu’Haïti étant un pays à tradition de perversité ‘’dumpinomiale’’. L’État est obligé de jouer le rôle de régulateur économique à travers les différentes composantes en ce qui le concerne. L’État fera l’économie de ses approches pompières afin de panser des plaies qui deviendront plus tard des cancers aux yeux de tout le monde. Cette déliquescence professionnelle constatée dans tous les secteurs de la vie nationale rend plus faible au jour le jour le pays en matière de compétitivité socio-économique. La grande interrogation à l’heure actuelle c’est de savoir pourquoi l’État haïtien laisse-t-il une porte-feuille d’assurance entre les mains d’une compagnie de téléphonie mobile ? C’est tout simplement une dérive. Messieurs/Mesdames, il y a une limite même à l’indécence !!! Ce côté particulier de l’État haïtien fait de lui aux yeux de ses pairs un état délinquant qui ne protège pas ses citoyens face aux plus forts.

Je recommanderais à l’État :

1) l’établissement d’une succursale de la Banque Nationale de crédit (BNC) au sein des marchés de grande agglomération ;

2) la construction des coffres-forts qui seront donnés en location aux usagers payable tous les ans ;

3) l’installation de caméras de surveillance dans toutes les zones périphériques abritant les marchés ;

4) la création d’une police municipale de proximité placée sous l’autorité des maires.

Pour finir, on se demande pourquoi les élites haïtiennes ne s’associent pas pour ouvrir des magasins de grande surface (mall) de mèches, de vêtements, de chaussures, de matériel informatique, électronique, électroménager, créer des cabinets de santé, des groupes d’assurance mutuelle, des bureaux d’études en architectures, en ingénierie, en sociologie, en droit… ? Combien qui se mettent ensemble pour écrire des ouvrages collectifs ou ne serait-ce qu’un article ? Le pays vit l’ère des égos surdimensionnés. ‘’Chers compatriotes, sachez que comme a dit l’autre : ‘’se réunir est un début, rester ensemble est un progrès, travailler ensemble assure la réussite’’.

Haïti, pays spécial !!!

Me. Ikenson EDUME

Professeur de Droit des Affaires à l’UEH

Doyen de CEFEREG

edumeikenson@gmail.com

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