Avons-nous vraiment un seul produit touristique pour vendre le pays ?

Tirant son origine du latin « carnelevare » (enlever la chair, littéralement), le carnaval marque une période de défoulement, de réjouissance avant l’entrée du Carême. La fête est d’origine européenne et se serait introduite en Amérique par le biais de la colonisation. Se mélangeant aux cultures africaines, elle est devenue dans chacun des pays où elle est adoptée une fête assez originale vendant à la fois les coutumes et les tares de la société. En Haïti, nous parlons même d’un Carnaval national qui se déroule pendant trois (3) jours du Dimanche Gras au Mardi Gras inclusivement. Il n’est que l’aboutissement ou pour mieux dire la clôture de toute une période de festivités allant de l’Epiphanie (6 janvier) au mercredi des Cendres sur tout le territoire national, car le carnaval haïtien est aussi régional (le carnaval de Jacmel est bien connu pour ses couleurs). Depuis quelques années, ce carnaval national qui se déroulait exclusivement dans la capitale (Port-au-Prince) est régulièrement déplacé vers des villes de province dans le souci, entre autres, de vendre leurs potentialités touristiques. Mais a-t-on besoin de délocaliser le carnaval pour arriver à cette fin ? Ou encore, n’avons-nous que le carnaval comme produit touristique pour vendre toute notre richesse culturelle ?

Le carnaval délocalisé attire des touristes vers ses nouvelles destinations; je n’en disconviens pas. Il y génère, par conséquent, un marché; je n’en disconviens pas non plus quoique l’une de ses critiques reste le fait qu’il y a très peu d’intégration de compétences locales dans la préparation des différents outils et équipements nécessaires aux festivités (chars, costumes, stands, etc.). Certes, avec la délocalisation, le petit commerce, la restauration, l’hôtellerie de la ville hôte connaissent une période florissante. Néanmoins, tous ces petits bienfaits ne donnent pas forcément sur le plan national un apport marginal positif, car le carnaval délocalisé a aussi ses externalités. En effet, cette délocalisation se fait au détriment des petits commerçants de la capitale habitués pourtant à un revenu additionnel au cours de cette période, des hôtels qui sont régulièrement remplis au niveau de la Capitale et nous perdons quand même un consommateur potentiel qui, pour une raison ou une autre, ne fera pas le déplacement. Il sera remplacé par un autre de la ville hôte (qui lui aussi pourrait ne pas faire le déplacement vers la Capitale, aura-t-on tendance à dire). Mais sachant que le marché de l’emploi, en Haïti, se concentre dans la région métropolitaine pouvons-nous prétendre que ces deux (2) consommateurs potentiels auront le même pouvoir d’achat ?

Une attitude gagnante pour le tourisme national serait de développer des produits touristiques régionaux. Les fêtes champêtres en constituent d’excellentes opportunités. Dans le Nord, nous avons connu dans le temps un certain « Festival Culturel du Nord » qui cherchait à mettre en valeur le département et se tenant dans la période avoisinant le 15 août, date marquant la fête patronale du Cap-Haïtien. Pourquoi ne pas structurer un tel produit en l’étendant dans le temps et ses festivités à plusieurs communes du département : Une randonnée pédestre ou équestre partant d’un point raisonnable vers la Citadelle Henry, développement de véritables stations balnéaires à Camp-Louise et Cormier, des concerts en plein air sur la place d’Armes, etc… Autant d’idées montrant que le nord n’a pas besoin d’accueillir le carnaval national pour se vendre. On pourrait en trouver autant pour le Sud et l’Artibonite. Avec une bonne politique touristique nous pourrions développer la « Destination Port-Salut », la « Destination Gelée » ou encore la « Destination Ile-à-Vache », structurer le « rara » pour le vendre.

Combien sont-elles, nos villes de province qui ne peuvent pas contenir un défilé de chars musicaux ou héberger des carnavaliers mais qui ont malgré tout quelque chose de vendable touristiquement ? Au lieu d’une politisation du carnaval, optons pour une véritable politique touristique nationale.

Alexandre Yvon MAXI

Etudiant mémorant en Master 2

Ecotourisme

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